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11/11/2011

Eoliennes: Silence, on tourne !

J'ai découvert avec beaucoup d'intérêt le billet "Les éoliennes, une opportunité pour notre pays" qu'Isabelle Chevalley a publié lundi dernier sur Politblog. Dans ce texte, la seule élue romande des Verts libéraux défend avec conviction le bilan des éoliennes: un rendement incomparablement supérieur aux autreeolienne1.jpgs "nouvelles énergies renouvelables", en particulier le photovoltaïque, et des nuisances minimes que les riverains exagèrent sans vraie raison.

Rien à redire à la démonstration: les données techniques sont entièrement vérifiables et ses appréciations esthétiques correspondent grosso modo aux miennes. J'ai toujours trouvé ces hélices plutôt belles et je n'ai jamais été incommodé par leur bruit dans tous les sites que j'ai visités, du Mont-Crosin au Danemark, en passant par le Péloponnèse et l'Andalousie.

Cependant, l'intérêt de ce billet réside également dans la question qu'il ne traite pas, et qui, pourtant, me semble essentielle:

A quoi servent ces éoliennes ?

Les distraits répondront que la réponse est tellement évidente qu'il ne vaut pas la peine de l'évoquer: La construction d'éoliennes sert à augmenter la part d'énergie renouvelable et donc à se défaire progressivement de notre dépendance aux énergies fossiles et nucléaire.

Malheureusement, un examen attentif des chiffres publiés par l'OFEN (Office Fédéral de l'Énergie) démontre que l'on est loin du compte. En effet, si la quantité  d'électricité éolienne produite en Suisse explose ces dernières années (Elle passe de 8 à 37 GWh entre 2005 et 2010 !), elle ne contribue en rien à la diminution de la production nucléaire (qui elle passe de 22'020 GWh à 25'205 GWh pendant la même période). Rappelons que la nature ne reconnaît que les valeurs absolues et qu'il est donc parfaitement inutile de faire croître la production éolienne de 29 GWh, si l'on augmenteConsoCH.jpg la production nucléaire de 3'185 GWh dans le même temps...

Deux conclusions à ces réflexions:

- Il ne sert à rien de défendre la construction d'éoliennes sans plan précis d'économie d'énergie. Actuellement les autorités se contentent de faire part de leurs intentions (sortie du nucléaire, société à 2000 W), d'autant plus nobles qu'elles sont à long terme. Cependant, dès qu'il s'agit de prendre des mesures concrètes, les partis bourgeois mettent leur veto, le dernier exemple étant le refus du parlement de soumettre à la taxe sur le CO2 les carburants, dont la consommation continue pourtant toujours à augmenter, contrairement aux combustibles qui, eux sont taxés.

Nous allons manquer notre rendez-vous avec les objectifs de Kyoto (contrairement aux États-Unis du président Bush qui avait au moins eu l'honnêteté d'affirmer qu'il ne chercherait pas à les atteindre), il nous faut rapidement déterminer comment limiter notre consommation si l'on ne veut pas que les promesses de sortie du nucléaire s'enlisent.

- Si j'ai de la peine à comprendre l'argumentaire de ceux qui s'opposent aux éoliennes, il n'en reste pas moins que je comprends parfaitement leur refus de voir la Suisse des centres loucher sur les ressources des périphéries, dans un contexte où ces mêmes périphéries subissent de plein fouet la politique (démantèlement des services postaux, des transports publics, fermetures des hôpitaux, etc.) imposée avec arrogance par les ultra-libéraux des métropoles (puisque le terme semble à la mode...) . Toute proportion gardée, leur situation me rappelle une réflexion d'un ami qui, sans rire, se demandait pourquoi les Japonais n'avaient pas délocalisé leurs centrales nucléaires dans des pays pauvres sans risque sismique, ce qui aurait été profitable aux deux parties.

Pour surpasser ces blocages, il faudrait donc que les chambres se positionnent clairement et rapidement sur ces deux aspects. J'ose espérer que les nouveaux élus vert pâle auront le courage d'aller au-delà des effets d'annonce et n'hésiteront pas à se mettre en travers des milieux économiques lorsqu'il faudra imposer de vraies mesures d'économie d'énergie et de soutien aux périphéries...