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29/03/2012

Le capital (suite et fin ?)

francs.jpgCertains se sont émus lorsqu'ils ont appris que de respectables oeuvres de bienfaisance avaient perdu de considérables montants dans des placements boursiers. A raison, leur est venue l'image de la modeste mère de famille versant 50 francs à Jean-Marc Richard, 50 francs qui iront engraisser les spéculateurs de tout poil plutôt que de financer la reconstruction de Port-au-Prince.

On peut, bien sûr, regretter que ces bonnes oeuvres choisissent de placer leur argent plutôt que de le distribuer, a fortiori lorsque ces placements ne semblent respecter aucun critère éthique...

On peut surtout s'étonner que, ce qui paraît aberrant lorsqu'il s'agit des quelques millions de La Chaîne du Bonheur semble soudain souhaitable lorsqu'il s'agit des centaines de milliards de nos caisses de pensions...

C'est ainsi que le CIA-info paru aujourd'hui informe les membres de cette noble institution (La CIA est en effet la Caisse de pension des employés de l'État de Genève) que les principaux indicateurs économiques étant décevants, l'État - donc les contribuables - va sans doute devoir investir plus d'un milliard pour combler un trou...inexistant ! Qui plus est, il y a malheureusement fort à parier que, à l'image des 50 francs de notre ménagère, ce milliard finisse dans les poches de spéculateurs boursiers plutôt que dans celle des futurs retraités de la fonction publique...

Pourquoi un "trou" inexistant ?

La CIA a choisi de longue date un mode de fonctionnement mixte. C'est ainsi que, contrairement aux caisses privées, elle ne capitalise qu'une partie des cotisations et fonctionne pour l'autre partie par répartition, comme l'AVS. Ce système est garanti par l'État, la fonction publique étant pérenne. Il est particulièrement stable, puisque l'argent circule et est donc moins soumis aux aléas boursiers et inflationnistes. La CIA est donc une caisse saine, parfaitement gérée, selon des principes qui garantissent le versements des rentes à longue échéance.

Malheureusement, le droit fédéral a changé fin 2010, et, pour des raisons de pur dogmatisme libéral, la Confédération contraint désormais les caisses à disposer en permanence de la couverture intégrale des rentes et les oblige à Puit-sans-fond-a20042545.jpgaugmenter leur taux de capitalisation à 80% à l'horizon 2052 (Le taux actuel de la CIA est de 54,1%).

La première de ces exigences crée donc un trou artificiel, que notre État va se voir contraint de combler à hauteur de 750 millions. La seconde va imposer aux cotisants actuels (et à l'État dans la mesure où il cotise également) de passer deux fois à la caisse pendant 40 ans, puisqu'ils devront assumer leur part de répartition dans les rentes des retraités actuels tout en augmentant le taux de capitalisation servant à financer leur future retraite... Tout en fragilisant leur propre rente, au vu des risques encourus par cet énorme capital...

Pourquoi ce milliard risque fort de disparaître ?

L'autre "mauvaise nouvelle", c'est que, contrairement à ce que banquiers et syndicalistes se plaisent à dire, les rendements à long terme vont inexorablement baisser. En effet, spéculer (!) sur des taux de 4-5% est parfaitement illusoire et participe de l'aveuglement de ceux qui croient qu'une croissance infinie est possible dans un monde fini. Le fait est que des rendements "normaux", sur des activités "normales", ne dépasseront pas les 1% ou 2% de façon durable, ce qui est d'ailleurs parfaitement juste d'un point de vue moral !

trou-noir-stellaire-443px_1_-138d5.jpgDe fait, le "taux technique" utilisé par les actuaires pour évaluer le rendement des actifs vient de passer de 4% à 3,5%. Ce petit saut suffit pour faire passer la facture "fictive" de 750 millions à 1,3 milliards (il faut en effet plus de capital pour couvrir les rentes, si les rendements diminuent...). Il n'y a aucune raison objective de penser que ce taux ne va pas continuer à baisser. Il est donc fort probable que, une fois ces 1300 millions versés (par l'État, les cotisants ou les assurés), il disparaisse soudainement. C'est d'ailleurs ce qu'a enduré le canton de Berne il y a quelques années... On risque fort de passer du "trou fictif" au "tonneau des Danaïdes fictif"...

La droite libérale joue donc au pompier pyromane. Au moment où elle devrait réaliser qu'il est aberrant de bloquer des montants aussi gigantesques sur des périodes aussi longues, elle s'emploie à démanteler les systèmes qui, eux, sont structurellement pérennes, puisque les cotisations sont immédiatement redistribuées. La conclusion est simple: il faudrait  augmenter rapidement la part de répartition dans le 2e pilier. Les chambres viennent de décider le contraire...

Décidément, la plupart des économistes ne sont que des prolongateurs de courbes... Ils ne parviennent pas à réaliser que, lorsque les conditions changent, que ce soit la déplétion des ressources naturelles, l'émergence de plusieurs pays ou les changements climatiques, il est stupide de croire que tout va continuer à fonctionner comme avant au prétexte unique que ça fonctionnait avant...

 

 

 

24/10/2011

L'écologie, ce n'est pas le capitalisme, plus des panneaux solaires...

"La défaite des Verts n'en est pas une, puisque leur recul est causé par l'adoption de leurs idéaux par les partis du centre". A combien de reprises avons-nous dû subir pareille ineptie dans la bouche d'un commentateur (parfois même issu des Verts) entre hier et aujourd'hui ?

ecochaine.jpgAinsi, on ramène d'un coup des décennies de lutte politique à quelques plans sur la comète, parmi lesquels le plus marquant est l'abandon du nucléaire (d'ici six législatures tout de même - autant dire que du Césium aura coulé sous les ponts d'ici là.), sortis in extremis du chapeau électoral de notables nantis qui, jusqu'alors, ne connaissaient de l'écologie que le filtre à particules de leur 4x4.

Or tous ceux qui ont mené ces luttes savent pertinemment que, si l'on veut minimiser notre prédation des ressources naturelles, il faut avant tout réduire les inégalités sociales. En effet, il y a une corrélation nette entre l'empreinte écologique et le niveau de revenus des individus et des sociétés. Nous avons tous entendu des théories, parfois séduisantes, prétendant qu'un "découplage" entre croissance des richesses et croissance de la prédation était possible ou affirmant que l'économie se dématérialisant, l'impact écologique de la richesse serait moindre. Les faits démontrent qu'elles ne tiennent pas la route...

Partant de ce constat, une réduction globale de la voilure ne peut passer que par le porte-monnaie (Les plus riches accaparant les ressources de plus en plus rares et gérant un Etat dont la mission principale serait d'endiguer la violence des laissés pour compte), par la redistribution (L'Etat demandant aux nantis de produire des efforts particuliers, dans le but de rendre acceptables les efforts demandés aux démunis) ou par une transformation sociale (La société cesse de croire que c'est par la consommation qu'elle atteindra le bonheur et en tire les conséquences sur les plans économique et social). Il va de soi que la première solution n'étant moralement pas soutenable, c'est du côté des deux autres qu'il faut lorgner. Ce n'est pas un hasard si c'est du côté des économistes (Jean Gadrey, Bernard Maris, Serge Latouche...) qu'on rencontre les textes francophones parmi les plus pointus et les plus novateurs en matière d'écologie politique.

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