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21/11/2012

Les maîtres du CO Drize décident de boycotter l'Escalade

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Longtemps après la fin des cours, les maîtres du Cycle de Drize se demandaient, mardi soir, quelle action leur permettrait au mieux de compléter les mouvements de manifestation du 29 novembre et de grève du 6 décembre.

En effet, face à la violence sournoise des attaques budgétaires du PLR et de ses alliés, la réaction de la fonction publique se devait d'aller au-delà de la manifestation et de la grève, malheureusement devenues habituelles en décembre...

Comment manifester notre écoeurement face aux sinistres manoeuvres visant à assécher l'État ? Comment montrer aux citoyens que les propositions du PLR sont en grave contradiction avec les engagements de leurs Conseillers d'État de plafonner le nombre d'élèves par classe et de respecter les termes de l'accord entre l'État et ses employés ? Comment le faire sans nuire à notre enseignement et à nos élèves ? Comment le faire de façon visible et différente ?

Après avoir envisagé et évalué plusieurs idées d'actions, l'AMDRIZE (Association des Maîtres de Drize) s'est mise d'accord sur un boycott des festivités de l'Escalade. Concrètement, il s'agit de refuser de participer à la demi-journée d'activités récréatives organisée par la direction, et de dispenser nos cours normalement. Il s'agit également de refuser de venir surveiller bénévolement - comme nous le faisons depuis de nombreuses années -  la disco du soir.

Évidemment, l'association entend faire connaître son action et a publié le communiqué de presse suivant:

FACE AUX PROVOCATIONS BUDGÉTAIRES, LES MAÎTRES DÉCIDENT LE BOYCOTT DES FESTIVITÉS DE L'ESCALADE AU CO DRIZE

 

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

 

Carouge, le 21 novembre 2012

 

Dans la nuit du 11 au 12 décembre 1602, les troupes du duc de Savoie, assistées de mercenaires félons, attaquaient sournoisement la République de Genève.

410 ans plus tard, les troupes PLR, assistées de quelques soudards opportunistes, s'en prennent à Genève en tentant d'asphyxier la République par des propositions budgétaires qui sont autant d'attaques envers les Genevois, avant tout les plus modestes d'entre eux. La manoeuvre est en tout cas aussi sournoise que celle du comte d'Albigny, puisque la Commission des finances a été littéralement dessaisie du projet de budget, alors que le PLR et l'UDC publiaient leurs desseins par voie de presse, sans oser prendre le risque du débat démocratique.

Comme en 1602, seules la vaillance et l'union nous permettront de mettre fin aux funestes espoirs des sinistres fossoyeurs de notre fonction publique. Et c'est l'AMDRIZE qui se propose de jouer les Isaac Mercier en faisant tomber la herse ce qui, l'espère-t-on, donnera le signal de la révolte.

L'heure n'est donc plus aux réjouissances et c'est pour cela que l'AMDRIZE a décidé de demander à tous les enseignants de refuser de participer aux activités festives organisées dans le cadre de la commémoration de l'Escalade, le 11 décembre prochain. Concrètement, les enseignants n'accompagneront pas les élèves dans les activités prévues par la direction de l'école, mais donneront leurs cours selon l'horaire habituel. Le soir, ils refuseront de participer à la surveillance de la disco.

Par ce geste fort, qui s'ajoutera évidemment à sa participation massive aux mouvements de manifestation et de grève des 29 novembre et 6 décembre, l'AMDRIZE entend manifester son profond écoeurement face aux attaques budgétaires et verbales dont est perpétuellement victime la fonction publique et, à travers elle, la population du canton.

Elle tient à rappeler que les partis concernés, largement représentés au Conseil d'État, entendent revenir sur des accords fondamentaux pour la qualité de l'enseignement, à commencer par le plafonnement du nombre d'élèves par classe, partie intégrante de la loi sur le Cycle d'Orientation largement votée en 2009,et maintenant remis en cause par les propositions du PLR et de l'UDC.

Par cette action, elle entend également limiter les nuisances pédagogiques causées par les actions syndicales, en proposant précisément de dispenser des heures d'enseignement qui avaient été supprimées pour cause d'activités annexes. Elle espère aussi porter le débat auprès de ceux qui font et feront notre République, à savoir les familles de nos élèves, qui ne manqueront pas de commenter cette action et d'en apprécier les raisons.

Nous sommes évidemment à votre disposition pour tout complément d'information.

 

Contacts:

Julien NICOLET, membre du bureau

Gabriel MOTA, membre du bureau

Salima MOYARD, membre du bureau


 


01/11/2012

L'État auto-assureur, un mythe ?

Demandez à un haut fonctionnaire ou à un député auprès de quelle compagnie l'État de Genève assure ses biens, on vous répondra invariablement qu'il a fait le choix de s'auto-assurer, plutôt que de recourir aux services d'un assureur privé.

J'ai toujours estimé ce choix comme hautement louable, car il me semblait que, vu sa taille, l'État pouvait aisément lisser les différents sinistres affectant ses biens, en provisionnant régulièrement un fonds adéquat permettant d'indemniser les services touchés, tout en évitant les frais engendrés par la rapacité bien connue des assurances privées.

Le fait divers suivant m'a fait déchanter... et réaliser que si l'État s'auto-assure effectivement lorsqu'il s'agit d'absences de son personnel, cette auto-assurance n'existe vraisemblablement que dans les discours lorsqu'il s'agit de biens matériels...

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05/07/2012

À échanger: élèves contre bosons

Présents partout mais de masse quasi-nulle, presque indétectables, mais bénéficiant de crédits publics somptuaires, les bosons de Higgs doivent faire rêver Charles BEER et François LONGCHAMP qui ont, pour devoir de vacances, la lourde tâche de trouver une solution pour caser des élèves de l'ECG dont les particularités sont à peu près inverses de celles de la désormais célèbre particule.

Rappelons que, à la faveur de réformes pédagogiques ambitieuses et de la croissance de la population, le nombre d'élèves du post-obligatoire, en particulier celui de l'ECG (École de Culture Générale) croît vertigineusement depuis une décennie. Nulle surprise donc, l'afflux d'élèves était prévisible...

Et pourtant, rien - ou presque - n'a été fait au cours des dernières années pour accueillir décemment ces nouveaux étudiants. Certes, on a "ouvert" une troisième ECG, qui, depuis 4 ans occupe deux pavillons provisoires distants de 3 kilomètres et squatte des salles de gym et de cours dans 3 bâtiments voisins... Des conditions tellement pénibles que les maîtres des lieux ont déposé jeudi dernier une pétition réclamant légitimement de travailler sur un site unique.

C'est dans ce contexte que le DIP a proposé aussi abruptement que sibyllinement de tranvaser 750 élèves dUbu-Jarry.pngu PO dans deux cycles d'orientation (Drize et Seymaz) dès la rentrée 2013. Sibyllinement, car, aucune modalité pratique n'ayant été annoncée, ni même imaginée, les acteurs malgré eux de ce drame à la Jarry se voient contraints d'imaginer la cohabitation d'enfants de 12 ans avec des adultes de plus de 20 ans, dans les préaux (quel règlement appliquer ?), dans les couloirs (qui aura droit à la casquette ?), à la cafétéria (pause café ou cigarette ?) et dans les vestiaires de gym (...?).

A l'évidence, en prenant cette décision, le chef du DIP s'est pris pour un directeur de la logistique d'une boîte d'import-export, qui bourre ses hangars sans considération pour la marchandise entassée. Las, les élèves n'étant pas des briques de Tetris, il aurait sans doute fallu songer aux conséquences pédagogiques désastreuses d'un pareil choix.

Car, au-delà de l'improvoyance des différents acteurs, il apparaît de plus en plus clair que c'est surtout le refus de dépenser le moindre sou qui est à la base des sureffectifs au post-obligatoire. Il faut donc rappeler que, si c'est bien le DIP qui formule les demandes, c'est le DU (ex-DCTI) qui les fait voter et les met en oeuvre. Et là, Mark MULLER semble s'être distingué par son refus de toute opération un tant soit peu coûteuse, au point même de ne pas desserrer les cordons de la bourse pour rénover des bâtiments dont les plafonds et les corniches menacent de s'effondrer sur leurs occupants, comme le révèle Le Courrier d'aujourd'hui.

Aujourd'hui, face à l'uIMG_20120704_130036.jpgrgence, le Conseil d'État répond qu'il n'a plus le temps de construire. Pourtant, les associations de maîtres ont présenté nombre de terrains et de bâtiments qui permettraient, s'y l'on acceptait d'investir et d'utiliser des procédures administratives d'urgence, de construire rapidement des pavillons pour une nouvelle ECG.

Le succès inouï de la pétition remise hier aux autorités (5128 signatures récoltées en 3 semaines et demi), et son soutien unitaire (fait rare !) de toutes les associations de parents d'élèves et de toutes les associations faîtières d'enseignants témoigne du refus massif d'une solution qui, sans résoudre les problèmes du PO, amplifierait ceux connus par le CO. Ce soutien doit conforter le DIP dans sa volonté maintes fois affichée, mais rarement exaucée, de construire de nouveaux bâtiments scolaires et mettre le nouveau maître du DU devant ses responsabilités. La population et le corps politique exigent des solutions rapides et durables, quitte à ce que l'une des républiques les plus riches du monde doive dépenser quelques millions.

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10/01/2012

Vraiment laïque, l'école genevoise ?

Au début de chaque année civile, les parents d'élèves genevois-es sont prié-e-s de vérifier la formule BDS-DIP, terme jargonnant désignant la fiche de leur enfant dans la base de données scolaire. Les vieilles habitudes occultant les questions qui peuvent fâcher, plus grand monde ne se formalise de voir, parmi les champs à remplir, la mention de la religion du gosse concerné (voir illustration...).

Pourtant, à ma connaissance - et je m'exprime ici avec la double casquette de père d'élève et d'enseigant :

- La religion d'un élève n'a, je l'espère, BDS2.jpgaucun impact sur l'enseignement qui lui est prodigué, sur ses chances de réussite ou sur les décisions d'orientation le concernant.

- Dans un État laïc, les choix religieux des citoyen-ne-s appartiennent strictement à la sphère privée. Il est donc très malvenu de leur demander de rendre publics leur appartenance religieuse ou leur athéisme. Pour mémoire, ce sujet a été une des pierres d'achoppement entre une Grèce aux relents cléricaux et revanchards anti-turcs qui voulait maintenir l'appartenance religieuse sur les papiers d'identité hellènes, et l'Union Européenne qui le lui refusait. Par ailleurs, même si ce n'est à ma connaissance pas le cas en Suisse, plusieurs États européens interdisent aux employeurs de s'enquérir de la religion de leurs employés.

- La Loi fédérale sur la protection des données
(art. 4) pose comme principe que la finalité du recueil des données doit être communiquée à la personne concernée. Ces données doivent donc être clairement utiles. De plus, l' art. 3 classe la religion parmi les "données sensibles", au même titre que les opinions politiques, syndicale ou la "race". Autrement dit, demander aux parents d'indiquer la religion de leur enfant équivaut à s'enquérir de leur dernier vote ou de la couleur de leur peau.

- La plupart des religions, même les plus obtuses, reconnaissent que l'enfant ne peut légitimement choisir sa religion - et donc procéder au rite de passage ad hoc, que ce soit la communion, la bar (ou bat) mitsva ou  autre rumspringa - qu'à un âge nettement supérieur à celui de l'entrée à l'école. Le raccourci consistant à attribuer de facto la religion d'un parent à l'enfant est donc éthiquement très discutable et participe au renforcement de la reproduction sociale génération après génération que l'école devrait au contraire combattre.

Les maîtres et les directions pouvant au mieux ne rien faire de cette information (et au pire, je n'ose pas y penser...), je ne comprends pas pourquoi le DIP continue à la collecter. A ma connaissance, l'année passée, le bureau de la FAMCO avait transmis ma demande de suppression au département, qui avait été reçue favorablement, mais manifestement sans aucun effet. C'est pourquoi je me permets à nouveau de demander la suppression de la BDS la mention de la religion des élèves.

09:02 Publié dans Ecole | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : laïcité, école |  Facebook | |

18/12/2011

Fenêtre n°18: L'histoire nous apprend que nous n'apprenons rien de l'histoire...

Au cours du mois de décembre, je propose une sorte de calendrier de l'Avent laïc. Chaque jour, une proposition de lecture, censée constituer une fenêtre ouverte sur le monde. Je vais essayer de répartir ces fenêtres sur le plus de façades, de sorte que les points de vue et les panoramas couverts soient aussi variés que possible. Plus d'informations sur cette démarche dans ma note du 1er décembre.


"L'histoire nous apprend que nous n'apprenons rien de l'histoire..." Et pourtant, le décompte des références historiques dans les discours politiques (et par
Histoire africaine.JPGfois même publicitaires) est proprement stupéfiant, comme l'est la volonté de contrôle des Etats, même les plus démocratiques, sur la façon de transmettre l'histoire, notamment dans le cadre scolaire. On se rappelle les débats sur le "rôle positif" de la colonisation ou sur le "rapport Bergier".

Recherche de légitimation ? Volonté de s'inscrire dans le continuum des glorieux ancêtres ? Expédiant permettant de faire mousser le sentiment national ? Les motifs sont aussi nombreux qu'inavouables pour se lancer dans le jeu de la reconstruction à son profit du passé. Jeu d'autant plus attirant que les principaux intéressés ne risquent pas de venir se plaindre du portrait qu'on trace d'eux.

Dans ce domaine, N. Sarkozy a osé franchir deux paliers. D'une part, il est allé à Dakar expliquer avec la plus insoutenable franchise qu'il estimait que "l'homme africain n'était pas entré dans l'histoire". D'autre part, il a réussi à instrumentaliser les figures historiques qui, d'habitude, servaient de caution historique aux mouvements progressistes. On pense bien entendu à Jean Jaurès et à Guy Môquet. Mais on pourrait également citer Léon Blum, Victor Hugo, Jules Ferry ou même Claude Lévi-Strauss.
Sarko.jpg
Ces deux attitudes lui ont valu une série de réponses cinglantes, regroupées dans deux ouvrages proposés par des collectifs d'historiens:

- Petit précis de remise à niveau sur l'histoire africaine à l'usage du président Sarkozy (La Découverte, 2008) - recueil d'articles parfois assez ardus, démontrant de façon éloquente les évolutions historiques des populations africaines.

- Comment Nicolas Sarkozy écrit l'histoire de France (Agone, 2008) - Sorte de dictionnaire des usages abusifs de l'histoire, il est le premier ouvrage du CVUH (Comité de vigilancem face aux usages publics de l'histoire).

22:14 Publié dans Avent | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : histoire, école, sarkozy |  Facebook | |

22/09/2011

Le Pédibus: vers une sécurisation des accès aux écoles ?

Lorsqu'on me parle d'insécurité à Genève, je pense généralement aux abords des préaux scolaires, trop souvent transformés en jungles automobiles où certains parents déposent en trombe leur progéniture ou laissent leur véhicule en travers de l'accès des autres élèves piétons ou cyclistes.pedibus-geneve.jpg

Pourquoi véhiculent-ils ainsi leur enfant, alors que les écoles sont pour presque tous à portée de marche ou de vélo ? Précisément parce que le trafic automobile leur semble trop dangereux pour que leur chérubin s'y risque... Cas exemplaire de cercle vicieux et démonstration supplémentaire que la somme des intérêts particuliers ne crée pas nécessairement de l'intérêt général...

Comme souvent, c'est de la société civile qu'est apparue une élégante solution, le Pédibus. Ramassage scolaire à pied, ce mode de déplacement connaît un tel succès que ce mot est progressivement entré dans notre vocabulaire.

Cas d'école du "penser global, agir local", le pédibus cumule tellement d'avantages (santé publique, socialisation, protection de l'environnement, partage des tâches entre parents,...) que nul ne saurait regretter son apparition.

Depuis quelques années, le 22 septembre est devenu la journée internationale "à pied à l'école", organisée par le Pédibus. Dans ma commune, l'Association des Parents d'Elèves et les coordonatriPhoto0115.jpgces des deux lignes de Pédibus organisent dans ce cadre une fête fort appréciée: Les enfants ont l'occasion de tester une multitude de moyens de transport "doux" (diverses trottinettes, échasses, monocycles) sur un parcours occupant un tronçon d'une petite route entre Avusy et Athenaz généralement ouverte au trafic, bien que parallèle à 100 mètres d'une autre route...

Cette fête permet aux parents-automobilistes de réaliser à quel point les enfants sont heureux lorsqu'ils peuvent jouer loin du trafic et combien la mobilité douce rend sociable. Certains comprennent que le mini-détour par la route principale permet de garantir leur bien-être et leur sécurité, d'autres se rendent même compte qu'il n'est pas impossible de parcourir le petit kilomètre séparant les deux villages à pied, en trottinette ou à vélo...

Ce succès dans une petite commune rurale et pas particulièrement progressiste me laisse croire que la population ferait très bon accueil à une initiative demandant la création d'accès vélos-piétons en site propre autour de chaque école du canton. En pratique, il s'agirait de tracer des mini-voies vertes rayonnant autour des écoles, permettant aux élèves de circuler en toute sécurité et de bénéficier de la priorité.

Sans être révolutionnaire, ce texte complèterait à merveille l'initiative pour la "mobilité douce" acceptée le 15 mai dernier et celle "pour 200 rues piétonnes" accepté par le Conseil Municipal de la Ville. Une fois ces textes appliqués, il suffirait de compléter les chaînons manquants et d'adapter la signalisation.

Vive le pédibus ! Merci à tout-e-s celles et ceux qui s'investissent pour notre sécurité et notre qualité de vie !

12/12/2010

Qu'ainsi s'unissent les amis de la République !

L'Escalade-Mere_Royaume.jpgA peine arrivés dans le canton de Genève, les étrangers (comprendre: les Vaudois, Valaisans, Neuchâtelois et autres Confédérés...) marquent leur étonnement devant l'importance des festivités liées à l'Escalade. Leur séjour se prolongeant, ils constatent l'effort des écoles pour enseigner ce haut-fait de l'histoire genevoise.

Dès les classes enfantines, les élèves colorient des images de bataille et les maître-sse-s racontent la vilenie du Duc qui cherchait à s'emparer de la fière Genève. Les écoliers de la Ville visitent les lieux de mémoire: Le Passage Monnetier, les endroits où se trouvaient les portes, la herse d'Isaac Mercier...

On ne peut que s'incliner devant cette volonté de s'intéresser à son passé et transmettre un forme de mémoire collective aux générations futures, mais on doit se rappeler que l'Escalade est avant tout un épisode militaire, certes défensif, et que, en tant que tel, sa mémoire charrie des remugles patriotico-revanchards et occulte souvent les souffrances et l'horreur vécues par les deux parties.

Pour preuve, le contenu des chants patrotiques qui louent par exemple ces "vaillants Genevois" qui se battaient contre des "Savoyards furieux", tout cela sous l'oeil bienveillant de "C'é qu'è l'ainô, le maître dé bataillé ", éternel refrain du "Gott mit uns", célébrant la victoire, la justice et l'histoire des vainqueurs.

Depuis quelques années, les maître-sses de mon village - et peut-être d'autres - font également chanter des chants de l'Escalade célébrant la fraternité et mettant en évidence la souffrance des petites gens face aux décisions des princes belliqueux. Je trouve la démarche salutaire et courageuse, dans un temps où le nationalisme et la haine de tout ce qui vit au-delà de la frontière se réveillent (voir certains commentaires à cet article !). Merci à elles et eux !

Voici quelques vers des ces chansons, dont je ne connais malheureusement pas les paroliers.

Il était savoyard
Il avait sa maison
Du côté de Fillinges
Elle s'appelait Lison
Elle vivait au Molard
Elle était blanchisseuse
Allait livrer le linge
Léon le petit ramoneur
Noir des pieds à la tête
L'a trouvée si jolie
Transportant ses paniers
Quand ils se retrouvaient
C'était toujours la fête
C'était dur de se séparer

Les enfants de l'Escalade
N'ont rien à faire des frontières
Ils préfèrent les mascarades
A la guerre, à la guerre.


La nuit de l'Escalade
En mille six cent et deux
Quand les soldats du Duc
Ont attaqué Genève
Lison a eu très peur
Au bruit des coups de feu
Attendant sous son lit
Que le matin se lève
Léon le petit ramoneur
Aimerait la retrouver
Mais il faut passer les remparts
La maman de Lison
En veut aux Savoyards
...
Quand les grands font la guerre
Ce sont les pauvres gens
Et les petits enfants
Qui ont de la misère

Sur les champs de bataille
Quand sonne le clairon
Quand tonne le canon
Au coeur de la mitraille...

Savoyards, Genevois, on est chocolat, chocolat !
Savoyards, Genevois, on est chocolat !

Les reines et les rois
Les ducs et les princes
Se battent pour des provinces
Des plaines et des bois

Dans leur lointain château
Ils préparent des combats
Ils sont là bien au chaud
Sans penser aux soldats

D’Espagne ou d’Italie
De Flandre ou de Navarre
De Rome ou de Paris
On commande l’histoire

Même si ça vous déplaît
Vous, les grands de ce monde
Depuis qu’on est en paix
Le bonheur nous inonde

Savoyards, Genevois, on est chocolat, chocolat !
Savoyards, Genevois, on est chocolat !


 

 

29/11/2010

Schwyzerdütsch à l'école. Pourquoi tant de häääään?

Grisée par le plébiscite populaire sur la réforme du Cycle, l'audace de Charles Beer semble avoir dépassé toute mesure mercredi passé. Les réactions courroucées pleuvent et les quolibets s'accumulent.

Qu'a donc commis l'impudent ? A-t-il proposé l'érection d'un crucifix en travaux manuels ou la suspension d'un portrait du duc de Savoie dans chaque classe ?

Bien pire, il a osé suggérer que les élèves du canton s'initient à la langue parlée par 70% de leurs concitoyen-ne-s...

Si je m'associe aux regrets de la FAMCO concernant le manque de concertation présidant (une fois de plus...) au projet, je suis consterné par la quantité des réactions négatives, et par leur virulence, pour ne pas parler d'idiotie...

Allons-y, abdiquons le peu de sympathie que je pouvais espérer inspirer à mes rares ami-e-s, avouons-le, je trouve que, sur le coup, Charles Beer n'a pas tout faux. Et pour tenter de faire valoir mon point de vue à celles et ceux qui continuent malgré mon infamie à me lire, je reprends les "arguments" les plus souvent évoqués pour démolir le projet de Charles le Téméraire :

 

  • Les Suisses-Allemands sont tous des barbares réactionnaires qui votent les initiatives UDC du haut de leurs alpages parsemés d'edelweiss et de cors des alpes.
  1. Quel argument pertinent, venant justement de ceux qui se prévalent de leur ouverture à l'étranger par leurs votes clairvoyants ! L'alterité, du point de vue du Genevois progressiste, c'est les 6'800'000'000 d'êtres humains, moins les 5'000'000 de Suisses-Allemands. D'accord pour ne pas renvoyer Ivan S., mais alors, de là à vouloir communiquer avec Hans-Werner K., il ne faut tout de même pas pousser !
  2. Si l'on observe objectivement une malheureuse tendance à voter de façon encore plus réactionnaire de l'autre côté de la Sarine, il faut tout de même humblement se rappeler les Zurichois, les Bernois et même les Argoviens ont été plus nombreux à refuser l'initiative UDC que les Genevois, et que notre canton si ouvert et si généreux ne l'a refusée qu'à 55%... Par mon expérience personnelle, après avoir traversé 25 des 26 cantons suisses sur mon vélo, je suis arrivé à la conclusion objective que le taux de tronches de rats et de faces de raie était en fait sensiblement égal A-048-D.jpg(quoiqu'étonnamment élevé) dans toutes les parties de notre merveilleux pays.
  3. Et pour finir, c'est en apprenant à connaître son adversaire qu'on découvre les moyens de le (con-)vaincre !
  • Le schwyzerdütsch n'est pas une langue, c'est un dialecte.
  1. Quelle est la différence au juste ? Un dialecte, ça s'écrit ! On trouve quantité de textes écrits en schwyzerdütsch... Une langue, ça ne varie pas d'un village à l'autre ! Grave erreur ! Seul le français, langue hyper-centralisée et hyper-normalisée ne varie pas (ou presque). La norme, c'est la variation continue d'une région à l'autre et l'élaboration tacite ou non d'une lingua franca utilisée par les médias et les instances nationales. Exactement comme le suisse-allemand !
  2. Et alors ? Pourquoi ne pas apprendre un dialecte, au nom de quoi un "dialecte" serait moins digne d'intérêt qu'une langue ?
  • Le schwyzerdütsch, de toutes façons, ça ne sert à rien !
  1. Quelle assurance ! Qui peut vraiment déterminer ce qui sert à quoi ? A quoi servent les maths, l'art, l'accord du participe passé ? Ou, à l'inverse, qui peut sciemment décider qu'un pan du savoir humain est tellement indigne d'intérêt qu'il faut militer avec virulence pour que nos enfants ne puissent pas y avoir accès...
  2. Plus prosaïquement, il s'agit tout de même de la langue parlée par 5'000'000 d'êtres humains qui vivent à un jet de pierre de notre jet d'eau et qui, qu'on le veuille ou non,  habitent (encore) dans notre pays. Et d'ailleurs, si l'on discutait sérieusement de scission, on s'apercevrait bien vite que bien des Bâlois se sentent bien plus à l'aise avec les Genevois que les habitants du Muothatal et préfereraient sans doute être minoritaires en Suisse occidentale... De plus, si l'on refuse d'apprendre le schwyzerdütsch, les langues suivantes, par ordre de proximité, sont le tchèque, le slovène et le catalan. Personnellement, je n'ai rien contre - je les ai vaguement étudiées les trois-, mais je ne suis pas sûr d'être majoritaire.
  • Pourquoi encombrer l'esprit déjà bien rempli des élèves avec une langue supplémentaire ?
  1. Ce sophisme est proféré par celui qui croit que le cerveau humain fonctionne comme une clé USB. Plus on remplit, moins il y a de place. Or on sait depuis longtemps que notre fonctionnement est presque inverse. Plus on apprend, plus on a de facilité à apprendre. Plusieurs expériences faites avec l'espéranto, dans le but de démontrer sa valeur propédeutique, ont été très concluantes. Il n'y a pas de raison que cela soit différent avec le schwyzerdütsch.
  2. Et, en particulier, découvrir instinctivement les façons de dériver des mots d'une langue (heute -> hütt, abend -> aabe, Blut -> Bluet, gewesen -> gsii...) à l'autre permet d'accéder plus facilement à la compréhension d'une quantité inimaginable de langues, et en premier lieu les langues latines (Comment passer du portugais au gallego, au castillan, au catalan, etc...). Vous le faites tous les jours lorsque que vous comparez les versions norvégienne et danoise du mode d'emploi de votre dernier lecteur MP3 (Vous ne le faites pas ? étrange... moi j'adore ça)

Pour conclure, j'ai plus que souvent constaté qu'on n'apprend pas une langue en classe. En revanche, on peut y découvrir les bases qui permettront de l'apprendre sur place, ou au contact de ses médias. Passer 5, 7 ou 10 ans à réviser l'accord de l'adjectif au datif ne transformera jamais automatiquement les Genevois-e-s en habiles germanophones. En revanche, leur faire entrevoir que les peuplades paissant au-delà de Fribourg présentent peut-être quelque intérêt et que leur(s) langue(s), contrairement à ce qui est véhiculé par l'opinion publique et ses blagues de comptoir, est d'une richesse et d'une beauté insoupçonnées, permettrait peut-être d'en faire des citoyen-ne-s plus ouvert-e-s d'esprit.