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16/05/2012

La Grèce, l'Euro et la Vache qui rit

Au printemps 1988, notre prof de grec revenait hilare de ses vacances pascales, avec carton rond surmonté de l'inscription Η Αγελάδα που Γελά : « C'est incroyable, j'ai trouvé de la Vache qui rit dans un magasin grec ! Grâce à son adhésion à la CEE, la Grèce devient européenne ! »retsinaPT.jpg

Vingt ans plus tard, plus personne ne s'étonne de voir les Grecs (pas plus d'ailleurs que les Portugais, les Polonais ou les Bulgares) se presser dans les rayons d' innombrables Carrefour ou Lidl pour y acheter des produits Danone, Unilever ou Nestlé, se meubler chez Ikea, s'habiller chez H&M et communiquer grâce à Nokia et à Orange. Au point qu'aujourd'hui, même les produits typiquement grecs comme la retsina, la feta ou le tzatziki sont distribués par des entreprises nord-européennes qui ramassent leur part du gâteau (ou de la spanakopita) au passage.

On peut regretter l'uniformisation des modes de vie européens et la standardisation des paysages urbains qui en résulte, on doit surtout s'interroger sur les rapports économiques qu'ont entretenus les prétendus partenaires européens au cours des 30 dernières années et sur leurs conséquences désastreuses:

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20/02/2012

Calimero en Lettonie

Lorsqu'on se balade dans les rues de Riga ou de Jurmala, en Lettonie, on s'amuse de la lettonisation de tous les textes, même des noms propres. Il faut en effet un moment pour décoder les noms de Džordžs Klūnijs, Pīters Džeksons ou Žerārs Depardjē sur les affiches de cinéma et les slogans des grandes marques apparaissent sous un tour souvent ésotérique.

Derrière cette promotion acharnée de la langue locale se cache un passé mal vécu qui a engendré un présent douloureux. En effet, plus du tiers de la population vivant en Lettonie parle au quotidien le russe et, lorsque le pays a acquis son indépendance, un des premiers réflexes du nouveau régime a été de gommer autant que possible cette réalité. J'ai vu en 1993 des plaques de rues bilingues dont la version russe avait été martelée. On sait que, lorsqu'il s'est agi de choisir ceux parmi les habitants qui auraient le droit au passeport letton, seuls les locuteurs lettons pouvaient y prétendre. Hier, le corps électoral letton a massivement refusé de reconnaître la langue d'un habitant sur trois comme langue officielle...

On peut comprendre la défiance du pouvoir vis-à-vis de l'ancien occupant (Les trois pays baltes ont en effet été annexés par l'URSS après la deuxième guerre mondiale, alors que les autres républiques appartenaient à l'empire tsariste avant 1917), mais on constate surtout lcalimero.jpge mépris dans lequel est tenu une population russe privée de ses droits, dont l'un des premiers serait de pouvoir s'exprimer dans sa langue. Car, il ne faut pas s'y tromper, les Russes de Lettonie, ce ne sont pas les anciens apparatchiks de Moscou, qui ont pu rentrer sans souci en Russie. Ce sont bien souvent des migrants soviétiques plus ou moins volontaires qui n'ont pas eu la possibilité ou la volonté de retourner en Russie et occupent les fonctions les plus modestes aujourd'hui. Lors de ma dernière visite à Riga, en 2002, c'est en russe qu'il fallait acheter son billet de tram à la « кондуктор » (en fait, la receveuse) et c'est en russe qu'il fallait acheter ses concombres sur les marchés en plein air, alors que les halles étaient réservées aux commerçants lettons.

On assiste donc à un renversement de situation assez cruel, semblable à celui opéré par les Catalans, qui sont plus ou moins parvenus à imposer leur langue comme unique dans toutes les situations officielles, quand bien même une forte minorité de Castillans souvent d'origine modeste peuple les villes de Catalogne.

En fait, la Lettonie, comme d'autres nations d'Europe a mal à son passé. Sorte de Calimero de l'histoire, elle se voit, non sans raison d'ailleurs, comme le jouet des puissances qui l'entourent (notamment la Russie et l'Allemagne) et défend avec un acharnement d'Astérix sa spécificité culturelle. Malheureusement, de la défense de sa culture au nationalisme le plus borné, il n'y a souvent qu'un pas que, dans ces conditions douloureuses, bien des agitateurs politiques s'empressent de franchir.

D'autres Calimeros européens sont autant de poudrières prêtes à nous exploser à la figure. Qu'on pense à la Hongrie, qui n'a toujours pas digéré le traité de Trianon qui, de fait, lui a taillé un pays plus étroit que celui auquel elle aurait pu prétendre. Qu'on pense à la Serbie, dont le passé dictatorial sert de justification actuelle à toutes les amputations dont elle a fait l'objet. Qu'on pense à la Grèce, qui se perçoit comme le berceau de la culture européenne (et parfois aussi comme le rempart contre l'islam ottoman...) et qui se voit méprisée par une Europe occidentale arrogante. Qu'on pense à la Pologne, qui, balottée depuis des siècles entre l'Allemagne et la Russie, tend à réactiver le complot juif dès qu'elle connaît une crise.

Il serait temps que, dans une Europe unie, la vieille rengaine du principe des nationalités, naïvement promulguée par Wilson en 1917, cède le pas au principe de la libre circulation et de la libre expression:

Oui, les descendants des Russes établis en 1950 en Lettonie sont chez eux à Riga ou à Sigulda. Oui, les secondos portugais ou albanais sont chez eux à Carouge ou à Zurich. Oui, je suis chez moi à Rome ou à Varsovie.

08/12/2011

Fenêtre n°8: Voyage au pays des langues

Au cours du mois de décembre, je propose une sorte de calendrier de l'Avent laïc. Chaque jour, une proposition de lecture, censée constituer une fenêtre ouverte sur le monde. Je vais essayer de répartir ces fenêtres sur le plus de façades, de sorte que les points de vue et les panoramas couverts soient aussi variés que possible. Plus d'informations sur cette démarche dans ma note du 1er décembre.


Je suis souvent émerveillé par la complexité quasi-organique des systèmes linguistiques. Comment a-t-il été possible de créer, de partager et de faire évoluer nos langues pendant des millénaires, pour les faire devenir ce qu'elles sont
Kersaudy.jpg. Quels liens y a-t-il entre nos langues ? Quelles incroyables différences rencontre-t-on entre elles ?

Kersaudy, véritable gourmet des langues, nous embarque dans

Langues sans frontières (Autrement, 2001)

à la découverte du fonctionnement des langues européennes. Ce pavé se lit comme un roman et me sert fréquemment d'ouvrage de référence.


Adepte d'une étymologie mettant en évidence les liens plus que les différences, il raconte de façon savoureuse l'itinéraire de mots du quotidien (lait, cheval...) à travers les territoires linguistiques.

Pour les quelques lecteurs maîtrisant l'espéranto, on recommandera, sur le même sujet, l'éclectique Lingvaj babilaĵoj, d'André Cherpillod, qui propose un incroyable panorama impressioniste et anecdotique des variétés linguistiques.

07:20 Publié dans Avent | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : langues, linguistique, europe |  Facebook | |

29/11/2011

Indignuloj el ĉiuj landoj, lernu esperanton ! - Indignés de tous les pays, apprenez l'espéranto !

En sia eseo "Eŭropo-vi baldaŭ mortos", Zlatko Tišljar jam 2005 antaŭvidis mirinde akre la mankojn de la Eŭropa konstruado, kiuj fragiligus ĝin okaze de la unua ekonomika krizo: Konstruo bazita nur sur interŝanĝo de varoj kaj valuta unuigo, estrata nur de teknikemuloj sen kultura nek politika vizio, povas nur fiaski, ĉar ĝi ne povas igi senton de solidareco inter unuopuloj aŭ ŝtatoj. "Se Eŭropo havos grandan ekonomikan krizon aŭ estos endanĝerigita pro ekstera malamiko, kaj la gvidantoj sincere krios pri helpo, tio ne elvokos la kompaton kaj emociojn de eŭropanoj. Ili simple pakos siajn valoraĵojn kaj forportos sin monon." (p.40)

Dans son essai "Eŭropo - vi baldaŭ mortos" (Europe, tu seras bientôt morte), Zlatko Tišljar anticipait en 2005 avec une acuité étonnante les déficits de la Tisljar.jpgconstruction européenne qui risquaient de la fragiliser à la première crise: Une construction uniquement fondée sur les échanges de marchandises et l'unité monétaire, dirigée par des technocrates sans vision culturelle ou politique était vouée à l'échec, car elle ne saurait créer de sentiment de solidarité entre les individus et les États: "Si l'Europe se retrouve dans une grave crise économique, ou doit être mise en danger par un ennemi extérieur, quand bien même les dirigeants appelleraient sincèrement à l'aide, cela n'éveillera aucun sentiment de compassion ou d'émotion chez les Européens. Ils ne feront qu'empaqueter leurs biens et déplacer leur argent ailleurs..." (p. 40.)

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