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03/04/2012

Pauvres riches !

Et voilà le lobby des entreprises qui, une fois de plus, se transforme en lobby des riches ! Une étude d'"economiesuisse" (sans accent dans le logo !) vient donc de paraître, qui défend la thèse surprenante que les riches profitent moins des baisses fiscales que les pauvres.

Ce qui est surtout surprenant, c'est que la presse reprenne ce tissu de grossières manipulations sans aucune distance critique, sans interroger aucun économiste indépendant, en allant jusqu'à publier tels quels les graphiques mis à disposition par le cartel des nantis.

Avant de nous attaquer aux supercheries arithmétiques dudit lobby, deux remarques liminaires:

  • Le seul constat sur lequel chacun s'accorde, c'est que les impôts ont considérablement diminué au cours des deux dernières décennies. De fait, les ressources des collectivités publiques ont intentionnellement été asséchées par ceux qui les dirigent. Aujourd'hui, en situation de crise, les cantons et la Confédération, n'ont plus les moyens de remplir leur tâche de service public, ce qui nuit avant tout aux plus démunis et à la classe moyenne qui sont les principaux bénéficiaires des services sociaux, des hôpitaux publics et de l'école.
  • En préalable à ce genre d'études, il faut s'entendre sur la méthodologie à appliquer. En effet, le jeu des déductions permet aux hauts revenus, et particulièrement aux indépendants, de déduire des montants bien plus considérables que les moins nantis. Rappelons-le, dans un système fiscal progressf, les déductions favorisent essentiellement les riches !

Pourquoi les graphiques présentés par "economiesuisse" et la Tribune de Genève sont trompeurs ?

739358_pic_970x641.jpgPremière supercherie: Sur le graphique d'"economiesuisse" présentant la progressivité du taux d'imposition (ici à gauche), la graduation de l'axe des abscisses n'est pas linéaire. Cela donne une fausse impression de progression forte, alors que, dans les faits, cette progression ressemble plus à une fonction logarithmique. Pour les couples mariés, elle s'affaisse vers les 200'000.- de revenus. Les deux graphiques présentés ici reprennent exactement les mêmes valeurs (le mien se cantonnant toutefois aux couples mariés uniquement). Étonnant, n'est-ce pas ?

tx impotjpg.jpg

Deuxième supercherie: Sur le graphique repris en page d'accueil du site web de La Tribune de ce matin, les diminutions fiscales sont toutes exprimées en termes relatifs... (en pourcentage, non des revenus, mais du taux d'imposition - il s'agit donc d'une double dérivée, un pourcentage de pourcentage !). Or, ce qui compte, si l'on veut savoir si les inégalités s'accroissent ou diminuent, ce sont bien les gains absolus, exprimés en francs et non en %.

Et comme notre système fiscal est (heureusement !) très progressif et que les revenus sont (malheureusement !) très inégaux, on se rend compte que ces gains réels sont bien plus importants pour les riches que pour les pauvres. Par exemple, les 68% de baisse obtenus par les couples gagnant 40'000.- représentent environ 1700 franc739356_pic_970x641.jpgs alors que les 11% gagnés par ceux dont le revenu atteint 1'000'000.- représentent en fait 40'000 francs, soit un rapport de 1 à 23 en faveur des riches.

Là également, les deux graphiques présentés sont issus des mêmes chiffres...Gain fiscal.jpg

 

 

 

 

 

Conclusion

On pourrait analyser de la sorte tous les autres documents présentés et faire mine de s'étonner que le syndicat patronal, qui prétend à longueur de journée que les patrons ne sont pas si riches que ça, se transforme à la première occasion en défenseur éhonté des plus nantis. On doit surtout se demander comment il est possible que les rédacteurs de La Tribune et, sans doute, d'autres journaux reprennent tels quels des documents aussi grossièrement manipulés...

15/03/2012

Exonérations fiscales des multinationales: sortons nos calculettes !

Plus de 1200 millions de francs, c'est ce que l'État de Genève à concédé aux entreprises qui ont daigné s'établir sur son territoire au cours des 12 dernières années...

Tout cela contre la promesse de la création de 5311 emplois. Une simple division démontre donc que le département des finances a accordé 238'000.- par emploi promis.

Autant dire que c'est l'Jean_Calvin_mod_pt.jpgÉtat qui verse les salaires des employés de Cargill, Japan Tobacco ou HSBC (s'il s'agit bien de ces entreprises, car aucun nom n'apparaît dans le rapport de gestion du Conseil d'État).

Exagéré ? Non, car en fait, sur les 5311 emplois promis dans les "business plans", seul 1278 ont réellement été créés... Ce qui fait monter l'addition tout de même à 1'000'000.- d'argent public par emploi... soit 200'000 par année, dans la mesure où l'exonération porte sur 5 ans.

On savait que ces entreprises importent des emplois plus qu'elles n'en créent (les postes ouverts à Genève ne correspondant pas aux aptitudes des chômeurs de la place), on savait qu'elles pesaient lourdement sur la crise du logement en pratiquant une concurrence déloyale contribuant à faire exploser les prix, on savait que leur mode de fonctionnement économique est une des causes des malheurs sociaux, économiques et écologiques de l'humanité (voir ma note de l'automne passé à ce propos), on savait qu'elles exerçaient une concurrence déloyale avec les PME locales contraintes de verser des impôts justes, on sait désormais que leurs employés sont payés sur nos impôts...

Pour rappel, une initiative demandant la suppression de ces exonérations et l'application des mêmes règles fiscales pour toutes les entreprises, grosses ou petites, locales ou étrangères, vient d'être déposée. On se délecte à l'avance d'entendre les arguments hypocrites de ceux appelleront à voter "non" !

 

 

22/11/2011

Droit des pauvres contre droite des kiosquiers

Le parent pauvre des 5 objets soumis le 27 novembre, est sans aucun doute le projet d'exécution définitive du Droit éponyme. Sans doute est-ce un travers lié à l'automaticité du référendum sur les questions fiscales, aucun groupe ne semble vouloir faire campagne sur cet objet. Il s'agit pourtant d'une loi tout sauf anodine, puisqu'elle prétend rafler d'un coup 15 millions à l'aide sociale, cela au seul bénéfice d'une corporation certes estimable, mais sans réel besoin de soutien étatique.

Résumons: Alors qu'il y a 11 ans la droite avait fini par obtenir l'abolition du droit des pauvres sur les spectacles, ce qui avait débouché sur une baisse provisoire de 2.- du billet de cinéma (qui était passé de... 16.- à 14.-! avant de remonter continûment jusqu'à aujourd'hui), les kiosquiers, et avant tout la multinationale quasi-monopolistique qui contrôle l'écrasante majorité des kiosques genevois, ont commandé aux partis bourgeois une loi achevant ce qui restait du droit des pauvres, à savoir une taxe de 13 % sur les loteries et tombolas.

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04/10/2011

Calvin, Farel, Procter & Gamble

Au début du XVIe siècle, Genève accueillait à bras ouverts les huguenots chassés de France, dont l'apport culturel et économique a sans doute pJean_Calvin_mod_pt.jpgermis à notre ville d'atteindre un rayonnement international inégalé pour une ville de sa taille. Cinq cents ans plus tard, certains esprits chagrins, au simple prétexte qu'ils sont élus du peuple, se permettent de contester l'implantation de multinationales, dont les actes philanthropiques et émancipateurs méritraient d'être reconnus à leur juste valeur.

C'est à n'en pas douter leur incommensurable modestie qui conduit les défenseurs des ces entreprises à ne faire valoir que deux arguments: Ces entreprises laissent une obole fiscal dans la sébile de l'Etat et, par pure générosité, vont jusqu'à créer des emplois, parfois même destinés à des résidents de la région franco-valdo-genevoise.

La menace se précisant, il conviendrait que ces frêles géants injustement agressés par la harpie de l'hôtel de ville mettent en évidence l'universalité de leur oeuvre bienfaisante et expliquent à la population à quelle point leur existence est bénéfique non seulement à notre canton, mais surtout à la planète entière.

Prenons par exemple Cargill, petite multinationale familiale (elle n'est pas côtée en bourse) dont l'antenne genevoise donne du travail à 661 miséreux qui connaîtraient les affres de l'aide sociale sans elle. Bien au-delà des frontières genevoises, elle agit également pour le bien de toute l'humanité puisqu'elle contrôle une part importante du négoce de céréales et organise leur juste distribution, privilégiant le réservoir des voitures américaines ou l'estomac des bovins avant leur transformation en hamburger, plutôt que les enfants des démunis du tiers-monde, dont les terres ont été rachetées précisément par Cargill ou d'autres multinationales. On peut également relever le rôle important de cette compagnie dans l'assainissement de la forêt amazonienne, auparavant presque impénétrable et désormais transformée en vastes champs de soja transgénique débarrassés des tous les anacondas et autres vermines qui l'infestaient.

Prenons Japan Tobacco, qui non seulement fait travailler 700 personnes à Genève, mais dont la lutte incessante pour le contrôle du vieillissement de la population font de son CEO un candidat potentiel pour le Nobel de la paix (ou celui de médecine pour sa contribution aux connaissances sur l'inocuité du tabac...)

Au tour de la banque HSBC, 1543 employés à Genève. Robin des Bois des temps modernes, elle a construit son savoir-faire sur la légitime indignation que des nantis ressentaient à l'idée de payer leurs impôts dans leur pays. Elle permet ainsi de diminuer les recettes de régions qui n'ont que trop d'argent et se vante de contribuer par ses propres impôts aux finances d'un des Etats les plus démunis: le canton de Genève.

On pourrait encore citer Procter&Gamble, firme qui transforme nos précieuses ressources en produits aussi essentiels au bonheur de l'humanité que des crèmes anti-rides et des shampooings anti-calvitie, ou DuPont qui a même accepté de payer une amende lorsqu'elle a pollué l'environnement de 60'000 américains (après avoir d'ailleurs été classé n°1 des pollueurs aux USA en 2004 par des chercheurs de l'Unversité du Massachussets.). Rassurons-nous, DuPont a eu la clairvoyance de n'implanter que des bureaux dans notre belle région et concentre ses activités polluantes dans des lieux où la santé de la population a moins de valeur qu'ici.

En examinant de près le fonctionnement économique de toutes ces entreprises, on ne peut qu'être émerveillé par leur rationnalité ! On place les dirigeants là où les impôts sont le moins cher, on place les usines là où la main d'oeuvre est la moins chère, on puise les ressources naturelles là où elles sont le moins cher et on organise le bal de tout cela à travers la planète, en profitant des coûts dérisoires des transports, organisés justement par d'autres multinationales. Autant d'ingéniosité légitime largement leur prise de pouvoir et leur dédain du fonctionnement démocratique des pays qu'elles inondent de leurs bienfaits.


Vivent les multinationales ! Vivement qu'elles fassent définitivement taire les parasites de la société moderne que sont les citoyen-ne-s et leurs élu-e-s !