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12/12/2010

Qu'ainsi s'unissent les amis de la République !

L'Escalade-Mere_Royaume.jpgA peine arrivés dans le canton de Genève, les étrangers (comprendre: les Vaudois, Valaisans, Neuchâtelois et autres Confédérés...) marquent leur étonnement devant l'importance des festivités liées à l'Escalade. Leur séjour se prolongeant, ils constatent l'effort des écoles pour enseigner ce haut-fait de l'histoire genevoise.

Dès les classes enfantines, les élèves colorient des images de bataille et les maître-sse-s racontent la vilenie du Duc qui cherchait à s'emparer de la fière Genève. Les écoliers de la Ville visitent les lieux de mémoire: Le Passage Monnetier, les endroits où se trouvaient les portes, la herse d'Isaac Mercier...

On ne peut que s'incliner devant cette volonté de s'intéresser à son passé et transmettre un forme de mémoire collective aux générations futures, mais on doit se rappeler que l'Escalade est avant tout un épisode militaire, certes défensif, et que, en tant que tel, sa mémoire charrie des remugles patriotico-revanchards et occulte souvent les souffrances et l'horreur vécues par les deux parties.

Pour preuve, le contenu des chants patrotiques qui louent par exemple ces "vaillants Genevois" qui se battaient contre des "Savoyards furieux", tout cela sous l'oeil bienveillant de "C'é qu'è l'ainô, le maître dé bataillé ", éternel refrain du "Gott mit uns", célébrant la victoire, la justice et l'histoire des vainqueurs.

Depuis quelques années, les maître-sses de mon village - et peut-être d'autres - font également chanter des chants de l'Escalade célébrant la fraternité et mettant en évidence la souffrance des petites gens face aux décisions des princes belliqueux. Je trouve la démarche salutaire et courageuse, dans un temps où le nationalisme et la haine de tout ce qui vit au-delà de la frontière se réveillent (voir certains commentaires à cet article !). Merci à elles et eux !

Voici quelques vers des ces chansons, dont je ne connais malheureusement pas les paroliers.

Il était savoyard
Il avait sa maison
Du côté de Fillinges
Elle s'appelait Lison
Elle vivait au Molard
Elle était blanchisseuse
Allait livrer le linge
Léon le petit ramoneur
Noir des pieds à la tête
L'a trouvée si jolie
Transportant ses paniers
Quand ils se retrouvaient
C'était toujours la fête
C'était dur de se séparer

Les enfants de l'Escalade
N'ont rien à faire des frontières
Ils préfèrent les mascarades
A la guerre, à la guerre.


La nuit de l'Escalade
En mille six cent et deux
Quand les soldats du Duc
Ont attaqué Genève
Lison a eu très peur
Au bruit des coups de feu
Attendant sous son lit
Que le matin se lève
Léon le petit ramoneur
Aimerait la retrouver
Mais il faut passer les remparts
La maman de Lison
En veut aux Savoyards
...
Quand les grands font la guerre
Ce sont les pauvres gens
Et les petits enfants
Qui ont de la misère

Sur les champs de bataille
Quand sonne le clairon
Quand tonne le canon
Au coeur de la mitraille...

Savoyards, Genevois, on est chocolat, chocolat !
Savoyards, Genevois, on est chocolat !

Les reines et les rois
Les ducs et les princes
Se battent pour des provinces
Des plaines et des bois

Dans leur lointain château
Ils préparent des combats
Ils sont là bien au chaud
Sans penser aux soldats

D’Espagne ou d’Italie
De Flandre ou de Navarre
De Rome ou de Paris
On commande l’histoire

Même si ça vous déplaît
Vous, les grands de ce monde
Depuis qu’on est en paix
Le bonheur nous inonde

Savoyards, Genevois, on est chocolat, chocolat !
Savoyards, Genevois, on est chocolat !