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10/01/2012

Vraiment laïque, l'école genevoise ?

Au début de chaque année civile, les parents d'élèves genevois-es sont prié-e-s de vérifier la formule BDS-DIP, terme jargonnant désignant la fiche de leur enfant dans la base de données scolaire. Les vieilles habitudes occultant les questions qui peuvent fâcher, plus grand monde ne se formalise de voir, parmi les champs à remplir, la mention de la religion du gosse concerné (voir illustration...).

Pourtant, à ma connaissance - et je m'exprime ici avec la double casquette de père d'élève et d'enseigant :

- La religion d'un élève n'a, je l'espère, BDS2.jpgaucun impact sur l'enseignement qui lui est prodigué, sur ses chances de réussite ou sur les décisions d'orientation le concernant.

- Dans un État laïc, les choix religieux des citoyen-ne-s appartiennent strictement à la sphère privée. Il est donc très malvenu de leur demander de rendre publics leur appartenance religieuse ou leur athéisme. Pour mémoire, ce sujet a été une des pierres d'achoppement entre une Grèce aux relents cléricaux et revanchards anti-turcs qui voulait maintenir l'appartenance religieuse sur les papiers d'identité hellènes, et l'Union Européenne qui le lui refusait. Par ailleurs, même si ce n'est à ma connaissance pas le cas en Suisse, plusieurs États européens interdisent aux employeurs de s'enquérir de la religion de leurs employés.

- La Loi fédérale sur la protection des données
(art. 4) pose comme principe que la finalité du recueil des données doit être communiquée à la personne concernée. Ces données doivent donc être clairement utiles. De plus, l' art. 3 classe la religion parmi les "données sensibles", au même titre que les opinions politiques, syndicale ou la "race". Autrement dit, demander aux parents d'indiquer la religion de leur enfant équivaut à s'enquérir de leur dernier vote ou de la couleur de leur peau.

- La plupart des religions, même les plus obtuses, reconnaissent que l'enfant ne peut légitimement choisir sa religion - et donc procéder au rite de passage ad hoc, que ce soit la communion, la bar (ou bat) mitsva ou  autre rumspringa - qu'à un âge nettement supérieur à celui de l'entrée à l'école. Le raccourci consistant à attribuer de facto la religion d'un parent à l'enfant est donc éthiquement très discutable et participe au renforcement de la reproduction sociale génération après génération que l'école devrait au contraire combattre.

Les maîtres et les directions pouvant au mieux ne rien faire de cette information (et au pire, je n'ose pas y penser...), je ne comprends pas pourquoi le DIP continue à la collecter. A ma connaissance, l'année passée, le bureau de la FAMCO avait transmis ma demande de suppression au département, qui avait été reçue favorablement, mais manifestement sans aucun effet. C'est pourquoi je me permets à nouveau de demander la suppression de la BDS la mention de la religion des élèves.

09:02 Publié dans Ecole | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : laïcité, école |  Facebook | |