UA-74655322-1

07/11/2011

Poste® servicem publicum, luxe !

poste.JPGDélicieuse surprise ce matin dans ma boîte aux lettres: Deux pots de confiture et une jolie cuillère en inox offerts par La Poste.

"Chouette !, me suis-je aussitôt dit, Par ce gentil cadeau, le géant jaune doit sans doute informer les citoyen-ne-s de ma commune qu'il est revenu sur sa décision de fermer l'office postal local le 31 décembre prochain et, pour marquer son attachement au monde rural, il a choisi ces sympathiques produits du terroir".

La lecture de la carte accompagnant le présent m'a fait déchanter. Il s'agit uniquement de me remercier de ma "confiance" comme détenteur de compte. En effet, m'étant longtemps refusé à ouvrir un compte en banque, la majeure partie de mes avoirs sont à la Poste. Ils constituent une somme suffisamment rondelette pour que, comme n'importe quel vulgaire institut bancaire léchant les bottes de ses clients, Postfinance me juge digne de recevoir son petit cadeau...

Quatre conclusions:

- Progressivement, la Poste trahit sa vocation de service public universel. En fermant progressivement ses bureaux, elle contribue à la polarisation géographique excessive de la Suisse. En confiant ses services à des tiers (entreprises locales, administration communale), elle externalise ses risques et diminue la confiance qu'on pouvait lui accorder. Si j'acceptais volontiers que l'employée postale professionnelle ait accès aux informations sur mes comptes, en sera-t-il de même avec l'épicier ou le kiosquier?

- L'argument systématiquement invoqué pour fermer les bureaux est celui de leur faible rentabilité. Voilà une démonstration de plus de l'incohérence de ceux qui traduisent tout en valeur monétaire. Comment évaluer le service inestimable rendu par l'ubiquité d'une entreprise? La plupart des détenteurs de comptes les gardent précisément car ils savent qu'ils peuvent trouver partout des services postaux. A titre personnel, si cette dérive devait perdurer, je clorais mes comptes lorsque le réseau postal ne sera pas plus étendu que celui des Raiffeisen.

- Les dirigeants de Postfinance, avides de transformer ce service en Banque Postale sur le modèle du privé singent maladroitement leurs idoles. En offrant des joujoux vaguement luxueux aux nantis et en taxant les comptes des démunis (plus de CCP gratuit à la Poste depuis quelques années, sauf si vous êtes riches !), ils croient obtenir la satisfaction des premiers, alors qu'ils ne reçoivent que le mépris des seconds.

- L'initiative "Pour une Poste forte" a été déposée l'année passée. Elle passera dans quelques mois (années ?) en votation. Sans doute est-ce un peu tôt pour faire campagne... mais rappelez-vous de voter OUI lorsqu'on vous posera la question.