UA-74655322-1

03/02/2012

Les SIG vont-ils carburer au charbon ?

Le bruit courait, le Conseil d'Etat l'a confirmé, Genève ne construira pas de centrale à gaz au Lignon. Il s'agit sans conteste d'une victoire importante de la commune de Vernier qui se bat avec courage pour ne pas devenir le réceptacle de toutes les nuisances du canton.

Il s'agit aussi d'une victoire de la raison écologique, qui a refusé un projet dont les importantes émissions de CO2 800px-Heilbronn_Dampfkraftwerk_20070725.jpgétaient présentées comme vertueuses, puisque le rendement de la centrale aurait été meilleur que celui des affreuses centrales à charbon chinoises et qu'elle aurait permis le chauffage à distance de plusieurs immeubles. Preuve réjouissante qu'il ne suffit plus de promettre de faire mieux que si on faisait au pire pour emballer un cadeau empoisonné.

Un aspect de cette décision mériterait cependant d'être éclairci. Le communiqué du Conseil d'Etat justifie cette décision par l'entrée des SIG dans le capital du producteur d'électricité germano-suisse EnergieDienst AG, ce qui devrait permettre « à Genève de gagner en indépendance énergétique. »

 

Deux remarques en forme de question :

- L'indépendance énergétique d'un territoire, est-ce produire soi-même son énergie, mais dans des territoires fort distants (en Valais ou sur le Rhin, en l'occurence) ? Si la prétendue indépendance de la centrale à gaz dissimulait une vraie dépendance à des producteurs de gaz fort lointains (quoique...), ne vaudrait-il pas mieux miser sur les économies et sur la production locale d'énergie renouvelable ?

 

- Plus gênant encore : Si le communiquEnergieDienst.jpgé de presse et le site internet du nouveau partenaire des SIG laissent entendre qu'EnergieDienst AG est un modèle de pureté écologique, on s'aperçoit, en fouillant un peu, que la Stromkennzeichnung (terme poétique désignant la publication obligatoire en Allemagne de l'origine du mix énergétique fourni par chaque producteur) d' EnergieDienst n'est pas aussi verte que cela ! Alors que leur produit d'appel joliment nommé « NaturEnergie » n'est composé que d'énergie renouvelable, le mélange moyen fourni par cette entreprise contient 35% d'énergie fossile (dont 26% de charbon) et 14% de nucléaire... S'il n'est sans doute plus besoin de rappeler les risques que nous fait courir l'électricité nucléaire, il faut peut-être mentionner que, en matière d'émissions de CO2, on fait difficilement pire que le charbon.

En poursuivant notre enquête, on apprend vite qu'EnergieDienst appartient essentiellement à Energie Baden-Württemberg , propriétaire de 7 centrales à charbon et 4 centrales nucléaires (+ une participation de 17,5% dans la tristement célèbre centrale alsacienne de Fessenheim.).

Sans doute que les SIG nous garantiront que les électrons importés d'Argovie sont immaculés, mais, cela ne nous rassurera que partiellement, si cela implique que la part d'énergie sale vendue aux Allemands augmente d'autant.

Il serait temps que l'on comprenne que Mühleberg, Fessenheim ou Philippsburg sont également menaçantes pour les Européens et que le CO2 émis par les Genevois, les Allemands ou les Javanais nuit également au climat et mérite également d'être limité.

Les SIG ont-ils vraiment choisi le bon partenaire ?

28/12/2011

Si vous trouvez que les TPG, HUG et SIG fonctionnent à la perfection, ne signez pas le référendum !

Faut-il rendre la gestion des établissements de droit public (HUG, TPG, SIG, plusieurs EMS,...) encore plus opaque ? Faut-il retirer au pouvoir législatif et aux représentants du personnel le droit de siéger dans leur conseil d'administration ? C'est en substance les questions que posent le référendum lancé contre la loi 10679.

Les délais référendaires étant très courts, et la période tout sauf favorable à la récolte de signatures, il n'est malheureusement pas impossible que le référendum n'atteigne pas le minimum de 7'000 signatures et que les citoyen-ne-s ne puissent pas voter sur ce texte pourtant capital.


Un argumentaire ?
- Ces établissements produisent un vrai service public. Ils ne doivent pas être administrés selon les canons des entreprises privées. Il est important que les représentants des élu-e-s et du personnel soient représentés dans leur conseil d'administration.


- Ces services sont particulièrement stratégiques (énergie, santé, transports...) et il est nécessaire que l'Etat puisse décider de leurs orientations qui conditionnent le bien-être de tous les résidents du canton.


- Bien que ces régies fonctionnent généralement bien, plusieurs dérives sont malheureusement constatées ces derniers temps (Faut-il rappeler les récentes crises aux TPG et aux HUG ? Nous reviendrons bientôt sur les acquisition des SIG). Ces dérives s'amplifieraient inéluctablement si les directions pouvaient s'affranchir du contrôle de l'Etat.


- Les Genevois-e-s ont déjà refusé un projet très proche en 2008. Leur imposer cette loi en la votant à un moment aussi défavorable à la récolte de signatures est un geste anti-démocratique.


- Pour les plus réticents: Signer un référendum, ce n'est que demander au peuple de se prononcer, sans présumer de sa position personnelle sur la question. C'est donc un acte hautement démocratique !


- Pour ceux qui ont besoin d'autres arguments, l'excellente note de Pascal Holenweg.


Bonne récolte de signatures et bon réveillon !

04/12/2010

Bienheureux les pollueurs, car ils pourront dépolluer.

btn-inscrire.pngDepuis quelques semaines, les SIG tapissent les murs, les journaux et leur site Internet d'annonces incitant les citoyen-ne-s à participer à l'action "double-éco" dont le but est de faire la chasse aux "énergivores".

Loin de vouloir stigmatiser l'entreprise dans son ensemble - rares en effet sont les producteurs et les distributeurs d'électricité à développer des politiques aussi responsables - je dois avouer que cette offre me laisse plus que dubitatif.

De quoi s'agit-il ?

L'idée, fort simple, consiste à payer une prime équivalente au montant économisé par le consommateur grâce à la diminution de sa consommation d'électricité.

Où sont les problèmes ?

- Cette mesure est-elle juste ? Imaginons une famille A, qui par souci de protection de l'environnement, économise depuis longtemps l'énergie. Depuis plusieurs années, son compteur est au plancher. Sa voisine, la famille B, en revanche, chauffe son appartement au sèche-cheveux, n'éteint pas son four de toute la nuit et laisse son projecteur halogène allumé pendant ses vacances. On comprendra rapidement qu'en améliorant superficiellement son comportement, la famille B pourra toucher d'importantes primes tout en consommant bien plus que sa voisine qui, elle ne touchera rien (et contribuera de plus, via sa facture SIG, à financer ces primes ...et la publicité pour cette action !).

Cette logique, qui rappelle étonnamment celle qui a permis l'attribution du prix Nobel de la Paix à des criminels notoires, part du principe qu'il vaut mieux récompenser le pêcheur repenti que celui qui a toujours été vertueux. Je peine à percevoir où s'y niche la justice, sans doute aurais-je besoin d'un psychologue ou d'un théologien pour me l'expliquer.

- Cette mesure est-elle efficace ?

NON, car tous les analystes sérieux (lisez J.-M. Jancovici par exemple) rappellent que ce type de mesures crée un effet rebond. Pour l'expliquer simplement, il est impossible de savoir ce que la famille B fera de la prime (payée en partie par la famille A, rappelons-le). Mais, statistiquement, il y a fort à parier que son utilisation générera de la pollution sous une forme ou sous une autre qui anihilera tout ou partie de l'économie effectuée pour gagner la prime.

OUI, car, malgré l'effet rebond, on peut supposer que la quantité de kWh consommés à Genève va bel et bien diminuer grâce à ce genre de mesure. Et c'est là que se pose le problème éthique. Dans le domaine des économies d'énergie, toute mesure est-elle automatiquement bonne dès lors qu'elle est efficace ? Personnellement, je ne le pense pas, même si je suis convaincu qu'il est urgent de réduire notre consommation énergétique.

Ce genre de mesure sous-entend que nous sommes tous égaux face aux pollutions, que nous partageons tous la même responsabilité quels que soient notre position sociale, notre comportement ou notre réflexion politique. Ces présupposés sont non seulement lénifiants, ils sont surtout erronés.

La nécessaire et incontestée réduction de la voilure ne peut être acceptée et bien vécue par la population que si les plus nantis, les plus pollueurs, reconnaissent leur responsabilité particulière et, dans un certain sens, montrent l'exemple (sur ce sujet, vous pouvez lire Hervé Kempf). Sans réduction des inégalités, il n'y aura pas de vraie politique écologique. Or cette mesure consiste justement à favoriser ceux qui polluent le plus, donc ceux qui ont les moyens de se le permettre...

- Que faire ?

Ce genre de mesure repose sur un consensus autour de l'idée que les ressources énergétiques sont limitées et qu'il faut les préserver. Cependant, on n'ose pas (et la raison m'en échappe - à nouveau, un psychologue à ma rescousse, svp !) utiliser le mot qui correspond à cette situation: pénurie.

Et en situation de pénurie, il y a trois options:

- Laisser le marché libre agir et faire que les plus riches se gavent éhontément au détriment des plus faibles qui n'ont pas les moyens de se payer le strict nécessaire (à ce sujet, vous pouvez lire F. Nicolino). Comme chacun le sait, il s'agit d'ailleurs de la solution retenue actuellement à l'échelle mondiale.

- Appliquer un taxation progressive de l'énergie. Un socle jugé indispensable n'est pas taxé (ou est même subventionné) et chaque kWh supplémentaire est taxé de plus en plus fortement. Ce système est apparemment simple, mais pose le problème de la définition du socle, de l'extrernalisation de la consommation (quand je mange au restaurant, je ne consomme pas d'énergie domestique, mais je nuis plus à l'environnement que quand je mange chez moi), et surtout, est complètement incompatible avec le processus de libéralisation du marché de l'électricité qui incite justement les opérateurs à proposer des prix de gros aux consommateurs importants.

- Mettre en place un rationnement. Le mot rappelle péniblement les années grises du marché noir et de l'occupation. Mais il faut surtout rappeler que ç'a été la seule solution pour permettre aux populations européennes de jouir du minimum malgré la pénurie. Evidemment, les vents économiques et politiques soufflent dans la direction opposée, évidemment, un système juste et incontestable ne serait pas facile à élaborer, évidemment l'acceptabilité sociale d'une telle mesure est douteuse. Mais, à bien y réfléchir, ne serait-ce pas le seul moyen juste et efficace de parvenir à vivre bien ensemble tout en évitant de constuire qui une centrale nucléaire, qui une centrale à gaz... ? A voir...