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Chronique de la désinformation ordinaire en temps de crise

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On le sait, les crises sont des moments privilégiés pour les propagateurs de rumeurs et de fausses nouvelles. On les situe généralement dans les recoins sombres de la fachosphère ou chez les déçus de tout, on s'attend moins à les trouver dans des institutions de loisirs destinées aux enfants...

Comme souvent, l'histoire semble démarrer par une banale tromperie, peut-être même une erreur, un partage trop rapide ou la volonté de transmettre une info plus sensationnelle que la réalité...

Bref, voilà que le 14 mars à 16h25 l'association "Genève-Loisirs", largement soutenue par le DIP et plusieurs communes genevoises, publie un montage confrontant deux images. CelleGL - Fake.png du bas présente la carte de l'université Johns Hopkins faisant en temps réel le décompte des infections dues au Coronavirus, celle du haut est une capture d'écran du célèbre site FlightRadar24. Figure la mention "état au 16 mars 2020", ce qui est déjà étrange pour une publication faite deux jours plus tôt.

L'intention, d'apparence louable, est de dénoncer le trafic aérien qui persiste malgré le virus et contribue à le propager. On ne peut qu'y souscrire...

Mais voilà, au-delà de l'écart entre le 14 et le 16 mars, il a tout de suite semblé étrange à quiconque suit l'actualité, de voir un tel trafic sur l'Atlantique Nord, alors que l'administration Trump avait déjà fermé la porte aux voyageurs d'Europe.

Je demande donc poliment au responsable du site s'il est certain que la capture a été faite le 16 mars. Il m'envoie balader en répondant qu'elle date en fait du 13, ce qui est déjà très léger lorsqu'on prétend diffuser une information sur une actualité qui évolue aussi vite.

Le ton de la réponse m'intriguant, je poursuis ma recherche et découvre rapidement que cette même capture d'écran est utilisée dans des articles publiés en 2017 (par exemple , ou ).

Je le signale au responsable en lui suggérant de retirer ce que je crois encore être une erreur. Il noie le poisson en refusant d'expliquer pourquoi il maintient ce qui est manifestement un fausse information, il répond à côté en expliquant que ce qui compte, c'est l'intention et que "peu importe la date de l'image" vu que l'association promeut des vacances sans avion (sic !).

Or, ce qui est particulièrement inquiétant, et explique vraisemblablement l'entêtement de l'organisation à ne pas supprimer cette "fake news", c'est le nombre de partages: plus de 6'000. Un pareil nombre ne pouvant être obtenu qu'en payant Facebook pour sponsoriser son annonce, on se rend compte qu'il ne s'agit pas d'une bévue bien intentionnée mais d'une propagation en conscience d'une fausse nouvelle destinée manifestement à alarmer la population, dans le seul objectif de se faire de la publicité.

D'ailleurs, parmi les partages, on trouve en tout cas une page dont la vocation est de relayer des informations douteuses, non sourcées et souvent dangereuses.

Qu'on s'entende bien, je suis de ceux qui dénoncent inlassablement le nombre bien trop élevé d'avions, je suis également de ceux qui dénoncent le fait que le trafic passager n'ait pas été interrompu à Cointrin depuis le début de la crise. Mais je trouve indigne, contre-productif et pour tout dire extrêmement dangereux de mener ce genre de combat à l'aide de pareilles supercheries, surtout dans une période où la qualité et la fiabilité de l'information sont aussi importantes pour atteindre notre but commun: sortir de cette crise avec le moins de dégâts possible.

C'est pourquoi je me demande si cette organisation est encore légitimée à organiser des camps pour des enfants et à obtenir des subventions de la part du DIP et des communes où sont implantées ses activités, entre autres, Onex, Lancy, Bernex et Confignon. Il serait pour le moins intéressant d'entendre les explications de ses responsables, au-delà des arguties de la personne qui gère de façon fort douteuse le compte Facebook de l'association...

Commentaires

  • Indignation légitime, mais le mensonge n'est pas sanctionné par nos institutions. La preuve? Elle siège au Conseil d’État sous la couleur bleue.

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