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La fin des haricots ou le début décroissant ? - Page 10

  • L'Europe, Erasmus et le Sbrinz

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    Même aux heures les plus tendues de la guerre froide, les chercheurs et les Universités se faisaient un point d'honneur à construire l'image d'une science universelle et émancipatrice, qui ne connaissait pas les frontières. Nous savions par exemple que les seuls ressortissants du bloc de l'Est qui pouvaient espérer obtenir des visas pour nous rendre visite étaient certains sportifs et certains scientifiques.

    Black recherche 2.jpgNous avons grandi, imprégnés de cette idée, sans doute d'ailleurs largement mythifiée, puisqu'il est également vrai, dès que les scientifiques découvrent ou inventent quelque chose, leurs pays (parfois d'adoption) semblent prêts à s'entre déchirer pour en identifier une hypothétique paternité unique et nationale.

    Si l'on peut comprendre le courroux européen suite au 9 février, et à la décision incroyablement prématurée de ne pas faire ratifier l'accord de libre-circulation avec la Croatie, le choix de la première mesure de rétorsion semble gravement dommageable, tant pour notre pays que pour l'entier de l'Union.

    En bloquant les accords de collaboration universitaire, l'UE renforce son image de monstre technocratique, qui ramène à des effets de commerce toute activité humaine, de la production de choucroute à la recherche scientifique. Cela est extrêmement grave, car cela risque d'entériner la disparition des valeurs humanistes fondamentales de la construction européenne, valeurs essentielles à rappeler et à entretenir dans un continent sur le point de se déchirer, à nouveau, sous le poids des nationalistes et des commerçants.

    Ce faisant, elle s'attaque sans doute à la partie de la population, en Suisse comme dans l'UE, la plus convaincue de la pertinence du projet européen. Le vote du 9 février le montre clairement, ce sont dans les villes, et principalement les villes universitaires, que le rejet de l'initiative de l'UDC a été le plus net. Les retraités des vallées obwaldiennes ou jurassiennes qui ont accepté le texte ne mesurent sans doute pas la portée du blocage d'Horizon 2020, ... et les universitaires suisses et européens ne peuvent que s'interroger sur la clairvoyance scientifiques de commissaires politiques qui viennent les empêcher de travailler.

    A Bruxelles, j'aurais volontiers plaidé pour le décuplement des taxes d'importation sur le Sbrinz ou les vaches sculptées, j'aurais imaginé des mesures vexatovache.jpgires et dilatoires pour les envois postaux ou le trafic des poids-lourds, j'aurais augmenté le prix du transit des hydrocarbures à destination de la Suisse, bref, tout ce qui relève d'une vraie concurrence inter-étatique. Tout, sauf la recherche scientifique.

    En agissant ainsi, il faut craindre que Bruxelles et Strasbourg ne s'aliènent les quelques citoyens encore prêts à faire le pari de la construction commune, cela à quelques semaines des élections. Malheureusement, on peut anticiper sans risque que le vote des déçus de l'UE se porte sur les formations les plus nationalistes et démagogues plutôt que sur les rares partis qui continuent à rêver d'une Europe qui soit autre chose qu'un vaste centre commercial...


  • Non, nous ne sommes pas les 49,7% !

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    Face au choc de l'acceptation de l'initiative UDC se met en place un mouvement, qui, dans un compréhensible besoin de communion héminationale, base sa communication sur le fait que la moitié, ou presque, des Suisses ont tout de même voté NON.

    Les idées fusent, les visuels sont réussis, l'humour est ravageur... et la psychothérapie de groupe fait son effet: Nous sommes minoritaires certes, mais de peu, et sommes dans le vrai, l'intelligent et l'ouvert. Bref, nous avons raison !

    Cette simplification me laisse pourtant un goût plutôt désagréable et me fait espérer que, une fois le traumatisme passé, le niveau du discours politique reprendra son envol pour attendre des niveaux de nuance désormais délaissés.

    Suisse morcelée texte.jpgPour tout dire, je ne parviens pas à m'identifier aux "49,7%" pour les raisons suivantes:

    - Je ne peux me résoudre, par principe, à une approche binaire des questions politiques, qui sépare sans équivoque le bien du mal.

    - La mise en évidence de ce taux écarte de l'analyse - et de la communauté - tous ceux qui n'ont pas voté: abstentionnistes, étrangers et jeunes, dont il aurait été intéressant de connaître l'avis sur la question.

    - Les deux blocs dessinés par le vote sont en fait eux-mêmes complètement morcelés : Si je ne peux m'identifier à un xénophobe de souche, je dois admettre que, politiquement, je me sens plus proche du chômeur abusé par les arguments UDC, que du patron qui a refusé l'initiative dans l'espoir de pouvoir continuer à sous-payer ses employés.


    - En traçant une ligne de démarcation infranchissable, on refuse de tenter de comprendre et surtout de convaincre ceux qui, sans être du tout xénophobes, ont voté l'initiative pour des raisons qui méritent d'être entendues et traitées politiquement. Au contraire, en les confinant de l'autre côté, on ne peut que les convaincre d'y rester.

    - Derrière les visuels et les textes proposés transparaît souvent un mépris de la Suisse alémanique, assez peu compatible avec l'esprit d'ouverture revendiqué, et de fort mauvais aloi, alors que les différences se sont considérablement estompées entre les régions linguistiques et que certaines villes alémaniques ont refusé le texte plus nettement que les romandes. On peut dénoncer la bêtise d'un Blocher, mais il faut aussi relever le peu de consistance d'un Burkhalter humiliant un journaliste radio alémanique qui lui demandait une intervention en allemand pour ses auditeurs.

    - Enfin, on remarque une troublante tentation de la Schadenfreude, montant en épingle toutes les réactions outrancières de représentants de l'Union Européenne. Cela est particulièrement inquiétant, car on risque ainsi de conforter une part de l'opinion suisse et européenne dans sa représentation d'une technocratie bruxelloise méprisant la volonté populaire exprimée démocratiquement.

    La Suisse s'est engagée dans une période instable de négociations difficiles avec un partenaire lui-même en crise. Personne ne peut raisonnablement en anticiper l'issue.

    C'est pourquoi il est nécessaire de se retrousser les manches et de faire de la politique, imaginer, convaincre et bâtir, plutôt que de se retrancher dans une morgue condescendante et d'expliquer en anglais à ses compatriotes qu'ils ne font pas partie de "the other half".

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  • Les jeux, le journaliste et le robinet qui fuit.

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    Rarement avait-on vu journalistes aussi critiques face à l'état de déliquescence d'un pays. A la veille de l'ouverture des Jeux de Sotchi, les tweets pleuvent dénonçant les conditions d'insalubrité dans lesquelles se retrouvent nos journalistes sportifs: tringle à rideau mal fixée, TV en panne, moquette tâchée, papier peint froissé et comble de l'inconfort, catelles fendues.

    Que dire de ce fatras de niaiseries ?

    - Qu'on aurait évidemment apprécié que la vindicte des mêmes stigmatisât avec une pareille véhémence la réduction à presque néant des libertés civiques de la population au point que, par exemple, les très officiels "Conseils au Voyageurs" émis par la République Française suggèrent au supporter tricolore de "faire montre de retenue dans l’expression de ses convictions personnelles."

    - Que certains journalistes sportifs se plaisent à se transformer en caricatures de leurs caricatures, reléguant haut la main le Bernard Aeschlimann de 120 secondes en LNB de la beaufitude.

    - Que, surtout, le principal bénéficiaire de cette avalanche de critiques débiles sera sans doute le pouvoir en place qui bénéficie d'une popularité importante, basée entre autres sur un sentiment nationaliste alimenté, pour de nombreux Russes, par les manifestations de mépris ou d'incompréhension des pays étrangers. Les stigmatisations en-dessous de la ceinture, la suffisance hautaine de certaines remarques ("En Russie, il faut s'attendre à tout !", a-t-on lu), ne peuvent que désobliger les ressortissants d'un pays qui se voit en puissance majeure et qui, dans les faits, doit supporter au quotidien des conditions d'inconfort bien plus pénibles que celles imposées à nos scribouillards des stades.

  • "Il ne faut pas croire tout ce qui circule sur Internet" (A. Chavanne - 1916-1990)

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    Mon billet de samedi était inspiré, cela me semblait évident, par la subtile crétinerie des complotisto-extrêmistes qui déversent anonymement leur amertume outragée et leur haine d'un système qu'ils ne prennent pas même la peine de connaître à longueur de statuts, de posts, de blogs et de commentaires.

    Il s'agissait d'une parodie, en l'occurrence des oiseux débats sur la prétendue "théorie du genre" qui ébranlerait l'école française et tenterait manifestement de passer le Jura pour empoisonner notre quiétude scolaire. On aurait d'ailleurs pu parodier tous les autres (dés-)astres de cette galaxie négationniste: homophobie, négationnisme, ultra-conservatisme, antisémitisme, fondamentalisme religieux,...

    Ma volonté satirique semblait évidente, puisque je mêlai grossièrement des exagérations, des déformations, des procès d'intention et des élucubrations sans fondement, pour reproduire fidèlement la recette des conspirationnistes, tout en ayant choisi un sujet (la sécurité routière) dont le bien-fondé ne devait pas prêter à discussion.

    Surprise ! La plupart des commentaires - presque tous anonymes ! - me démontraient que le texte avait été pris au premier degré, sans en percevoir sa portée parodique. Démonstration plutôt inquiétante du manque complet de distance critique d'une part importante du lectorat face aux informations diffusées sur la toile, lectorat qui est pourtant le premier à affirmer ne pas se laisser avoir par les "mensonges du système" !

    Dès lors que la population cesse de maîtriser les outils qui lui permettent de distinguer le vrai du probable et le probable du mensonger, il y a de quoi nourrir des craintes pour la viabilité de la démocratie, qui ne peut reposer que sur un contrat de confiance quant aux faits et un contrat de dialogue libre quant à leur interprétation.

    Concluons avec une autre mystification anecdotique qui a bien fait rire le féru de géopolitique des Balkans que je suis: Un facétieux utilisateur de GCapture du 2014-02-03 08:43:45.pngoogle Maps a réussi à faire inscrire sur une douane secondaire gréco-macédonienne "Dojran border - Macedonia - Former Ottoman Province of Greece".

    Lorsque l'on se rappelle le conflit entre la Grèce et la Macédoine, suite à l'indépendance de cette dernière, qui l'a conduite à n'être reconnue par l'ONU que sous le nom d'"Ancienne République Yougoslave de Macédoine", lorsqu'on sait l'extrême susceptibilité du pouvoir grec face au passé ottoman de la péninsule et aux tensions existant encore entre la Turquie et la Grèce, on ne peut que saluer l'ironie de l'auteur... et s'étonner de l'ignorance des gestionnaires de Google Maps...

    Quand on vous dit qu'il ne faut pas tout croire ce qui circule sur Internet...

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  • École: le scandale de la "théorie de la sécurité routière"

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    C'est dans le plus grand secret que le Département de l'Instruction Publique a récemment imposé à nos enfants, dès 6 ans, un cours dont le contenu devrait révolter la plupart des parents responsables. En effet, il semblerait  qu'un interverkehrssicherheit-securite-routiere-sicurezza-stradale.jpgvenant extérieur, en uniforme (et donc en position d'autorité), vient régulièrement dans les classes, sans demander l'avis des maîtresses, pour exposer les fondements d'une théorie sulfureuse : La "théorie de la sécurité routière".

    Il s'agit d'une théorie développée dans les années 1990 par des automobilistes fanatiques aux États-Unis qui prétendent que la route serait le lieu le plus sûr du monde, pour autant qu'on suive quelques prescriptions comportementales.

    Et ces prescriptions, aux lourds relents droitiers, font frémir tout parent épris un tant soit peu de liberté:

    • Elles imposent un code de couleurs qui vient parasiter gravement la construction psycho-abstraite de nos petits. Pour résumer: L'injonction "Au rouge, il faut s'arrêter !" vise ouvertement à déprécier cette couleur et à renier son importance historique, sociale et politique, de la toge de Jules César au drapeau de Lénine.

     

    • Elles induisent un ordre social basé sur des conventions abstraites et contraignantes, plutôt que sur la convivialité et l'échange. Lorsqu'il s'agit de déterminer qui peut passer en premier, ce sont des règles arbitraires plutôt qu'une discussion qui sont censées permettre de résoudre le problème. De même, les messages tels que "Ne circulez pas à contresens !", "Ne remontez pas les files !", "Ne dépassez pas sans visibilité !" sont des injonctions qui formatent à l'évidence nos enfants en petits soldats suiveurs plutôt qu'en individus libres de penser, de se construire et de se dépasser.

     

     

    • Elles entérinent un ordre politique scandaleux qui ne valorise que les tenants d'un néo-libéralisme oligarchique: "Circulez à droite !", "Avant de traverser, regardez deux fois à droite !", "Laissez la priorité à droite !"...

     

    sec rout.jpgS'ensuit alors le cours pratique, où, sur des karts ou des vélos, les élèves sont contraints de se transformer en petits automobilistes et de parcourir un circuit sur lequel ils doivent suivre les règles arbitraires et liberticides énoncées plus haut.

    Ceux qui respectent la "théorie de la sécurité routière" sont invités à insulter sauvagement ceux qui l'enfreignent, de façon à "mieux se préparer aux échanges verbaux habituels entre automobilistes" (sic !).

    Parfois, ils sont même contraints d'écraser des poupées ou des doudous censés représenter des enfants qui ne se conformeraient pas à la "théorie de la sécurité routière". On imagine le traumatisme d'un petit devant rouler sur un objet transitionnel, si indispensable à son développement psycho-affectif.

    Et tout cela pour satisfaire les délires de quelques élites qui, dans leur tour d'ivoire, n'ont pas perçu que "grâce" à leurs théories, les routes sont de plus en plus dangereuses (il suffit de lire les faits divers pour s'en rendre compte !) et qui empiètent de façon scandaleuse sur la liberté éducative des parents.

    La sécurité routière est un affaire privée ! L'école n'a pas à s'en mêler !

  • Gastrovaud et le PLR, nouveaux apôtres de la malbouffe ?

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    Grand moment d'hypocrisie gatronomique samedi soir sur Forum, lorsque Gilles Meystre, président de Gastrovaud et conseiller communal lausannois PLR est venu s'attaquer à l'initiative sur l'alimentation que les Verts entendent lancer ce printemps.

    1402-Ballamanchevaldossier.jpgCar, comme il semblait trop indécent que la tête pensante des marmitons vaudois s'indigne d'un texte qui n'a pour but que de protéger la qualité des aliments importés et d'assurer que leurs conditions de production soient analogues à celles rencontrées en Suisse, notre chef-taulier n'a pu broder que sur trois arguments... pour finir par s'y empêtrer complètement...

    - L'initiative diminuerait l'offre et imposerait des normes non désirées par les Suisses. Certes, certains poulets industriels et haricots récoltés par des esclaves disparaîtraient des commerces. S'en désoler au nom du libre choix, c'est non seulement apporter son soutien implicite à ces pratiques, mais c'est aussi dénier à l'État son rôle de contrôleur du commerce. On se réjouit d'apprendre que, au nom de cette même liberté de choix, nos idéologues culinairo-PLR demanderont bientôt la réintroduction des isolations à l'amiante ou l'abolition de l'expertise périodique des automobiles...

    - L'initiative renchérirait le coût de l'alimentation: Se lançant dans une périlleuse défense des sous-produits low-cost peu compatible avec la noble image de sa profession, il a surtout oublié de mentionner que si l'on veut se nourrir à bon marché, il faut surtout cuisiner soi-même de bons produits, plutôt que d'aller ingurgiter les indigestes plats du jour hors de prix de certains de ses collègues. Il a également oublié de rappeler que, contrairement aux idées reçues, l'alimentation n'a jamais pesé aussi peu dans le budget des ménages (6,8% en 2011) et que, lorsque l'on aura supprimé des étals les côtelettes et les bananes de la honte, l'éventuel surcoût alimentaire pourra facilement être absorbé par une diminution de notre consommation de produits carnés, par exemple. Non, ce qui fait exploser nos budgets, par les temps qui courent, ce sont nos assurances et nos logements, sujets sur lesquels le PLR n'est guère disert, si ce n'est pour soutenir ceux qui tiennent le couteau par le manche...

    - Il y a déjà assez d'initiatives lancées sur la question alimentaire: Voilà, voilà... Nous avons donc affaire à un homme politique qui regrette que certains débats aient lieu, au prétexte que d'autres se tiennent également. Deux hypothèses: Soit il s'agit d'une étrange catégorie de politicien pour qui l'échange d'idées et la consultation populaire ne servent à rien dans la conduite d'une démocratie, soit il lui est soudainement apparu, que face à cette pertinente question, il se retrouvait coincé entre ses vraies valeurs et celles que sa profession est censée défendre... Et ce n'est pas à son honneur !

  • Surdensité: Ne faisons pas mentir les chiffres !

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    Depuis quelques jours, d'inquiétantes affiches nous invitent à refuser la loi sur les zones de développement, au prétexte que Genève serait plus densément peuplée que d'autres villes suisses ou étrangères.

    Les Genevois sont-ils plus entassés que les Zurichois ou même les Hong-Kongais ? Évidemment non, puisqu'il s'agit d'une manipulation statistique franchement malhonnête.

    En effet, il se trouve que la commune de Genève est, suite aux aléas de l'histoire, particulièrement petite et que l'espace urbain déborde largement ses limites. Elle est en effedensités.pngt 5,5 fois plus petite que la commune de Zurich et même 2,6 fois plus petite que celle de Lausanne.

    Les densités décroissant rapidement lorsqu'on s'éloigne du centre, il est dès lors évident que comparer la commune de Genève à d'autres communes de superficies singulièrement différentes n'a aucune valeur scientifique.

    Ainsi, si l'on voulait sérieusement comparer Genève à Zurich, il faudrait prendre en compte dans le calcul les communes adjacentes à la ville. Si l'on inclut les communes contiguës et contiguës de contiguës* , on obtient une superficie comparable et une densité... légèrement plus faible ! (4209 hab/km2 contre 4333)

    La manipulation est encore moins honnête en ce qui concerne les métropoles étrangères, puisqu'on habilement choisi des villes qui évoquent, par leurs gratte-ciel, de fortes densités, mais surtout dont la commune s'étend sur une superficie considérable. Londres est ainsi près de 100 fois plus étendue que Genève ! (New York 76, Hong Kong 70).

    Ce sont d'ailleurs des communes qui se distinguent par un bâti très peu dense, à l'exception de leur quartier d'affaire, comme en témoignent les vues "Google street" suivantes: New York, Londres, Hong Kong. On pourrait leur opposer la ville de Paris, qui compte 21'000 hab/km2, soit le double de Genève... ou le Grand Genève, de superficie comparable à Londres, mais de densité 11 fois plus faible...

    Cette erreur pourrait passer pour de l'inadvertance ou de la naïveté si la loi concernait principalement la commune de Genève. Or, comme les référendaires le reconnaissent par les exemples qu'ils présentent, les quartiers susceptibles d'être densifiés se trouvent presque tous dans les communes de la couronne suburbaine.

    Alors, que faut-il faire de ce référendum qui reproche par ailleurs à raison l'emballement de la machine à croissance que les autorités continuent à alimenter ? Que faut-il faire de cette loi qui, en s'attaquant aux zones de développement, évite de poser la question qui fâche, à savoir celle de la densification de la zone villa ?

    A titre personnel, je voterai la loi, sans grande conviction, persuadé que la voie de la densification est une des solutions aux pressions sur le logement évitant le grignotage des terres agricoles, mais regrettant que, une fois de plus, aucune politique raisonnable de développement économique n'accompagne ce qui est présenté comme une croissance inéluctable...

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    * à savoir Pregny-Chambésy, Le Gd-Saconnex, Vernier, Lancy, Carouge, Veyrier, Chêne-Bougeries, Cologny, Bellevue, Meyrin, Onex, Plan-les-Ouates, Troinex, Thônex, Chêne-Bourg, Vandoeuvres, Collonges-Bellerive -  Satigny et Bernex ont été écartées vu leur très grande zone non bâtie.

  • Amère lettre ouverte à René Longet à propos de cohérence et de bons voeux

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    Cher René,

    J'ai eu le douteux plaisir de recevoir tes bons vœux, hier, par courrier électronique. Plaisir, sans doute, car je garde un heureux souvenir de ton action politique, tant à la mairie d'Onex qu'à la tête du PS.

    Douteux, car, en fait de vœux, il s'agissait surtout de faire la promotion de ton dernier ouvrage opportunément titré "Les bons choix", le document joint expliquant doctement qu'il est dédié "à toutes celles et ceux qui se battent pour une nouvelle donne agro-alimentaire"...

    Or, puisqu'il s'agit de "bons choix", ce texte m'a brutalement renvoyé à la soirée du 23 février 2011, une des pires de ma vie militante. C'était l'AG du PS genevois, tu le présidais alors, et j'en étais encore membre. Il s'agissait de prendre position sur le déclassement des Cherpines. Un collectif de paysans alternatifs inexpérimentés en politique avait récolté près de 12'000 signatures qui s'ajoutaient aux 4'000 obtenues par les Verts et différents partis de gauche pour refuser l'urbanisation d'une plaine alluviale consacrée à la culture maraîchère. Il fallait donc que le PS donne son mot d'ordre en vue des votations.

    Un débat avait été organisé, je défendais les paysans, Françoise Jolliat défendait la commune de Confignon. Comme souvent, l'aile productivisto-syndicalisto-asloquiste avait été plus rassembleuse que l'aile environnementaliste et l'attitude très hostile, voire franchement incorrecte de l'assistance, avait immédiatement scellé le sort de l'affaire, le reste du débat n'étant, pour les quelques défenseurs de l'agriculture de proximité, qu'un long pensum.

    Et, surprise, à l'issue du débat, tu annonces que, vu le caractère exceptionnel de l'objet, tu entends te départir de ta neutralité présidentielle, et donner ton point de vue juste avant le vote. Sans illusion sur l'impact d'une prise de position de ta part favorable aux maraîchers, j'ai intérieurement loué ton courage... jusqu'à ce que tu expliques doctement que, compte tenu des circonstances (je ne me rappelle plus lesquelles te semblaient particulièrement éminentes), il fallait sacrifier ses principes et renoncer à défendre les paysans qui militaient pour l'accès à la terre.

    La suite est connue, le PS a fait une campagne globalement alignée sur la CGI et le PLR (Les slogans affichés étant quasiment les mêmes) et, le 15 mai, tu répondais tranquillement à la presse que la position du PS, seul parti de gauche favorable au déclassement, avait été déterminante dans la courte victoire des bétonneurs, position censée rendre le parti incontournable dans les prises de décisions sur les modalités de cette urbanisation.

    Chimère, évidemment, puisque, comme on le sait, le PS est resté à sa place, marginale, dans les processus qui, une fois les oppositions des riverains écartées à grands frais, vont détruire les terres agricoles de la plaine de l'Aire. Chimère, évidemment, lorsque l'on se rend compte que, même sur le dossier PAV, le Conseil d'État semble disposé à s'asseoir sur les engagements pris avec les milieux de défense des locataires...

    Ce qui, en revanche, n'est pas chimérique, c'est l'avenir de la coopérative "Le Jardin des Charrotons", qui, 30 mois après le vote, n'a toujours pas trouvé de solution de relogement, malgré la résolution 611, présentée alors par le PS comme le meilleur outil pour pérenniser les activités agricoles des entreprises de la place. Il va sans dire que l'État ne lui a fait aucune proposition de relocalisation, ni le PS d'ailleurs, qui, manifestement, a de la peine à soutenir des associations dont le financement (et le salaire des cinq employés) repose sur la vente de ses produits et non sur les subventions votées par ses élus.

    Alors oui, je suis amer, et depuis que je l'ai reçu, ton courriel me fait bouillir. Car, en matière de "bons choix", la plus élémentaire des courtoisies aurait été de ne me pas l'adresser. Mais, sur ce point également, je suppose que les impératifs de la realpolitik empêchent de jeter un œil à la liste des destinataires plus ou moins anonymes de tes vœux.

    Il y a des jours où je regrette d'avoir quitté un parti où je garde de solides amitiés envers de remarquables personnes. Il y a des jours où je me rappelle pourquoi je l'ai fait et pourquoi j'ai eu raison de le faire.

    Sur ce, accepte, ainsi que l'ensemble des lecteurs de cette note, mes vœux pour une excellente année 2014, qui, je l'espère, satisfera tous les militants et débatteurs qui se démènent, parfois dans une confusion aussi joyeuse qu'inaudible, pour améliorer notre république... et le monde.

    Julien